RDC : Kinshasa vise 18 milliards USD de recettes courantes en 2027

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

La République démocratique du Congo (RDC) affiche pour 2027 une ambition budgétaire de 18 milliards de dollars de recettes courantes, selon le cadrage macroéconomique arrêté par le gouvernement. Ce jalon, articulé autour de la mobilisation domestique et de la contribution du secteur extractif, marque une rupture d’échelle par rapport aux exercices précédents, où l’administration fiscale peinait à franchir le seuil des dix milliards. L’exécutif de Kinshasa mise sur une combinaison de réformes douanières, d’élargissement de l’assiette fiscale et de meilleure captation de la rente minière pour atteindre cet objectif.

Une trajectoire budgétaire adossée à la rente minière

Le pari congolais repose en grande partie sur les cours mondiaux du cuivre et du cobalt, dont la RDC est respectivement le deuxième et le premier producteur planétaire. Les recettes issues des redevances minières, des dividendes de la Gécamines et des contributions de la Générale des carrières et des mines constituent le socle de la stratégie de mobilisation. Kinshasa entend également accélérer la mise en œuvre du code minier révisé de 2018, dont certaines dispositions relatives à la fiscalité restent inégalement appliquées selon les opérateurs.

La direction générale des impôts (DGI) et la direction générale des douanes et accises (DGDA) sont placées au cœur de cet effort. Les deux régies sont invitées à intensifier la traque de l’évasion fiscale, à moderniser leurs systèmes de télédéclaration et à renforcer les contrôles a posteriori sur les grands contribuables. La direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD) complète le dispositif, avec un mandat sur les recettes non fiscales.

Diversifier au-delà du cuivre et du cobalt

Au-delà de la manne extractive, l’exécutif congolais entend élargir le spectre des recettes en s’appuyant sur la fiscalité indirecte, la taxation du secteur des télécommunications et la formalisation progressive de l’économie informelle, qui représente encore une part majoritaire de l’activité. La numérisation des paiements fiscaux, engagée depuis 2022, doit franchir un nouveau seuil d’efficacité pour crédibiliser la cible de 18 milliards de dollars. Les banques commerciales et les opérateurs de mobile money sont associés à ce chantier, à travers des conventions de recouvrement.

Reste que la trajectoire suppose une croissance robuste, estimée par les autorités au-delà de 6 % sur la période, portée par les investissements chinois, émiratis et occidentaux dans les corridors miniers du Katanga et du Lualaba. Le partenariat stratégique noué avec les Émirats arabes unis autour de l’or artisanal et les renégociations engagées avec les majors chinoises sur le contrat sino-congolais figurent parmi les leviers identifiés. Concrètement, chaque milliard supplémentaire de recettes suppose une progression conjointe de l’activité formelle et de l’efficience du recouvrement.

Sécurité, dette et crédibilité de la cible

Le contexte sécuritaire dans les provinces orientales pèse sur la faisabilité de cet objectif. Les affrontements récurrents dans le Nord-Kivu et l’Ituri mobilisent une part croissante des dépenses souveraines, au détriment des investissements productifs. Le budget de la défense a connu une progression continue depuis 2023, absorbant une fraction significative des marges de manœuvre. Dans ce cadre, la crédibilité des 18 milliards de recettes courantes dépendra de la capacité du Trésor à contenir simultanément les dépenses de sécurité et le service de la dette extérieure.

Les partenaires multilatéraux, au premier rang desquels le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, suivent avec attention le respect des repères quantitatifs convenus dans le cadre du programme en cours. Une exécution budgétaire déviante par rapport aux engagements pris pourrait fragiliser le décaissement des tranches successives et compliquer l’accès aux marchés régionaux de capitaux. À l’inverse, une performance conforme renforcerait la signature souveraine de la RDC, encore pénalisée par une notation défavorable.

Pour les investisseurs étrangers et les partenaires bilatéraux, la cible affichée par Kinshasa constitue un test de gouvernance autant qu’un exercice de planification. La capacité à traduire l’ambition chiffrée en collectes effectives déterminera la marge de manœuvre du second quinquennat de Félix Tshisekedi. Selon Financial Afrik, le gouvernement congolais entend inscrire cet objectif dans le cadre budgétaire à moyen terme en cours d’élaboration.

Pour aller plus loin

L’UEMOA lance l’expérimentation d’une monnaie numérique régionale · Le Cameroun prépare un prêt ESG de 400 milliards de FCFA · La BOAD lève 25 milliards de yens sur le marché Samurai durable

Actualité africaine

About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

Be the first to comment on "RDC : Kinshasa vise 18 milliards USD de recettes courantes en 2027"

Laisser un commentaire