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La privatisation de la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) revient au cœur du débat public à Dakar. L’économiste et ancien haut fonctionnaire Lansana Gagny Sakho a pris position en faveur d’une ouverture du capital de l’opérateur historique, estimant que le modèle actuel n’est plus tenable pour les finances publiques. Sa prise de parole intervient dans un contexte de discussions tendues entre le gouvernement sénégalais et le Fonds monétaire international (FMI), où la question des subventions à l’énergie occupe une place centrale.
Un plaidoyer assumé pour ouvrir le capital de la Senelec
Pour Lansana Gagny Sakho, le statu quo a fait son temps. La compagnie publique, qui détient le monopole sur la production, le transport et la distribution d’électricité au Sénégal, accumule des contraintes financières structurelles que l’État peine à absorber. L’ancien directeur général de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS) défend une logique de désengagement progressif de la puissance publique, considérant que l’arrivée d’investisseurs privés pourrait apporter à la fois des capitaux frais et une discipline de gestion.
L’argument n’est pas nouveau au Sénégal, mais il prend une résonance particulière à l’heure où la trajectoire budgétaire du pays se trouve sous étroite surveillance. Les subventions à l’énergie pèsent lourdement sur le Trésor, et leur réduction figure parmi les exigences récurrentes des bailleurs multilatéraux. Sakho juge qu’il faut sortir d’un système où l’État subventionne massivement un tarif administré, tout en supportant les déficits d’exploitation d’un opérateur public.
Le FMI, aiguillon d’une réforme structurelle
Le calendrier de cette sortie n’est pas anodin. Le Sénégal est engagé dans un dialogue serré avec le FMI, après les controverses autour de la dette cachée révélées sous la nouvelle administration. La question des subventions énergétiques cristallise les arbitrages : Dakar doit trouver des marges de manœuvre budgétaires sans pour autant déclencher de choc social sur les prix de l’électricité, particulièrement sensibles pour les ménages comme pour les industriels.
Concrètement, les transferts publics destinés à compenser le différentiel entre coût de revient et tarif de vente de l’électricité représentent depuis plusieurs années des centaines de milliards de francs CFA. Cette charge, qui varie en fonction des cours mondiaux des hydrocarbures, prive l’État de ressources mobilisables pour la santé, l’éducation ou l’investissement productif. Pour les partisans d’une réforme structurelle, le démantèlement progressif du monopole de la Senelec permettrait de mieux refléter les coûts réels et d’attirer des capitaux privés dans la production électrique.
Reste que le sujet demeure politiquement explosif. La Senelec n’est pas seulement une entreprise : elle incarne un acquis de la souveraineté nationale, héritage des premières décennies de l’indépendance. Toute opération de cession, même partielle, devra composer avec une opinion publique méfiante envers les privatisations, dont le souvenir des télécoms et de l’eau reste vif.
Souveraineté énergétique et exploitation des hydrocarbures
Le débat se déroule par ailleurs dans un contexte énergétique en mutation. Avec le démarrage de la production de gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, et l’exploitation pétrolière de Sangomar, le Sénégal entre dans une nouvelle phase. Le gaz domestique doit en principe alimenter le mix électrique national et réduire la dépendance aux combustibles importés. Cette transition rebat les cartes du modèle économique de la Senelec, et pose la question de l’architecture industrielle la plus adaptée pour valoriser ces ressources.
Les partisans d’une privatisation, à l’instar de Sakho, considèrent que l’opérateur public, dans sa configuration actuelle, n’est pas armé pour saisir pleinement l’opportunité de cette transition. À l’inverse, les défenseurs du modèle intégré redoutent qu’un démantèlement n’expose le pays à une captation des marges par des intérêts étrangers, au détriment du consommateur final et de la maîtrise publique de l’outil énergétique.
Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye, porté par un programme de rupture économique et d’affirmation souverainiste, devra trancher entre orthodoxie budgétaire et préservation d’un actif stratégique. Les arbitrages à venir éclaireront la doctrine économique réelle du nouveau pouvoir. Selon Seneweb, Lansana Gagny Sakho assume cette position au nom d’un impératif d’efficacité budgétaire.
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