La scène politique sénégalaise s’est enrichie d’une nouvelle passe d’armes. Le parlementaire Bachir Fofana, figure montante du camp au pouvoir, a publiquement mis en cause le bilan législatif d’Amadou Bâ, ancien Premier ministre et ex-candidat à la présidentielle de 2024. Selon ses propos, l’intéressé serait le seul député, toutes législatures confondues depuis 1960, à voir trois de ses propositions de loi successivement écartées par le Conseil constitutionnel. Une pique qui vise moins la personne que la crédibilité d’un adversaire politique désormais installé dans l’opposition.
Une charge frontale contre l’ancien Premier ministre
Bachir Fofana s’est employé à souligner ce qu’il présente comme une singularité peu flatteuse. En rappelant que le Sénégal en est à sa quinzième législature, l’élu inscrit sa critique dans une perspective historique destinée à marquer les esprits. Le message est clair : la production législative attribuée à Amadou Bâ n’aurait, à ce stade, franchi aucun contrôle de conformité constitutionnelle. Une telle accusation, portée sur la place publique, dépasse la simple polémique. Elle interroge la maîtrise technique et juridique d’un ancien chef de gouvernement qui reste, malgré sa défaite à la présidentielle, un acteur influent du paysage politique sénégalais.
Le contexte donne à la charge une résonance particulière. Amadou Bâ, longtemps ministre des Finances puis Premier ministre sous Macky Sall, incarne aujourd’hui l’une des voix structurantes de l’opposition à la coalition au pouvoir. Ses interventions récentes sur la gestion économique et budgétaire du nouvel exécutif ont replacé son nom au centre du débat public. La contre-offensive de Bachir Fofana peut se lire comme une tentative de fragiliser cette stature retrouvée en attaquant non pas les idées, mais la trajectoire parlementaire de l’adversaire.
Le Conseil constitutionnel, arbitre involontaire du duel
Au cœur de la polémique figure le Conseil constitutionnel, institution chargée de vérifier la conformité des textes votés ou proposés à la loi fondamentale. Ses décisions, généralement techniques, se retrouvent instrumentalisées dans une lecture politique. Rejeter une proposition de loi ne signifie pas nécessairement un échec de son auteur : les motifs peuvent tenir à des questions de procédure, de champ d’application ou de compétence. Reste que, dans l’arène politique, ces nuances s’effacent au profit d’un récit binaire. Bachir Fofana s’engouffre dans cette brèche pour construire une image d’inefficacité législative.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en avril 2024 et la large victoire du Pastef aux législatives anticipées de novembre 2024, l’hémicycle sénégalais s’est transformé en théâtre d’affrontements permanents. La majorité, portée par un mandat de rupture, multiplie les attaques contre les responsables de l’ancien régime, tandis que l’opposition dénonce ce qu’elle qualifie de dérive vindicative. La séquence Fofana-Bâ s’inscrit dans cette dynamique où le débat parlementaire cède souvent la place à la confrontation directe entre personnalités.
Un affrontement révélateur des lignes de fracture politiques
Au-delà des mots, cette joute traduit une reconfiguration profonde du champ politique sénégalais. Les cadres de l’ancienne Alliance pour la République doivent désormais composer avec une majorité parlementaire écrasante et des institutions dont ils ne maîtrisent plus les leviers. Amadou Bâ, qui avait recueilli plus de 35 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de mars 2024, conserve une base électorale non négligeable. Mais son avenir politique dépend aussi de sa capacité à répondre aux attaques ciblées venues du camp adverse, sans se laisser enfermer dans une posture défensive.
Pour la majorité, la stratégie consiste à documenter méthodiquement les failles réelles ou supposées des figures de l’ancien pouvoir. Bachir Fofana s’illustre depuis plusieurs mois comme l’un des porte-voix les plus combatifs de cette ligne. Ses sorties, généralement relayées avec force par les réseaux sociaux, participent d’une bataille narrative où chaque camp cherche à imposer son cadrage. La question du bilan législatif d’Amadou Bâ devient ainsi un terrain d’affrontement symbolique, plus qu’un débat sur le fond du droit.
Reste à observer la réponse de l’intéressé. Silence stratégique ou réplique argumentée, chaque option comporte ses risques dans un environnement politique où la moindre déclaration peut être exploitée. Selon Dakaractu, les propos de Bachir Fofana ont été tenus dans le cadre d’une intervention publique visant explicitement l’ancien Premier ministre.
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