Cameroun : le Terminal à hydrocarbures de Kribi obtient le feu vert

Aerial shot of oil tankers and storage facility in North Jakarta, Indonesia.Photo : Tom Fisk / Pexels

Le Terminal à hydrocarbures de Kribi (THK) franchit une étape déterminante. Le 5 juin 2026, les directions générales de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) et du Port autonome de Kribi (PAK) ont effectué une visite conjointe sur le site retenu pour accueillir cette infrastructure stratégique. Cette descente de terrain intervient deux semaines après la notification officielle du feu vert présidentiel au financement, transmise le 22 mai par le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh.

L’aval de Yaoundé débloque un dossier suivi de près par les opérateurs énergétiques de la sous-région. Le projet vise à doter le Cameroun d’un nœud logistique pétrolier de nouvelle génération, capable d’absorber les flux d’importation, de stockage et de redistribution de produits raffinés à l’échelle de l’Afrique centrale. La présence de l’entreprise italienne Negri lors de la présentation de la maquette confirme l’implication d’un partenaire technique étranger dans la conception de l’ouvrage.

Un maillon central pour la souveraineté pétrolière camerounaise

Le choix de Kribi n’est pas anodin. Le port en eau profonde, opérationnel depuis 2018, offre des tirants d’eau adaptés à l’accostage de navires de fort tonnage, un atout que ne possède pas Douala. En adossant un terminal hydrocarbures à cette plateforme, la SCDP entend consolider la chaîne d’approvisionnement national tout en réduisant la dépendance aux infrastructures saturées du littoral historique. La société publique, gestionnaire des dépôts pétroliers du pays, élargit ainsi son périmètre opérationnel à un site appelé à devenir le principal point d’entrée des produits raffinés.

Pour le PAK, cette opération s’inscrit dans la logique de diversification des activités portuaires impulsée depuis plusieurs années. Au-delà du trafic conteneurs et de l’exportation des grumes, l’autorité portuaire cherche à capter les flux énergétiques régionaux. La descente conjointe du 5 juin avait précisément pour objet d’arrêter les modalités techniques de l’implantation, en concertation avec les équipes de Negri, chargées des études d’ingénierie.

Une réponse aux besoins de la CEMAC

L’enjeu dépasse les frontières camerounaises. Les pays enclavés de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC), au premier rang desquels le Tchad et la République centrafricaine, s’approvisionnent en grande partie via le corridor camerounais. La Guinée équatoriale, le Congo et le Gabon disposent certes de leurs propres capacités de stockage, mais les ruptures récurrentes d’approvisionnement observées dans la sous-région plaident pour la création de capacités tampons mutualisées.

Le THK ambitionne de jouer ce rôle de hub. En offrant des volumes de stockage accrus et des conditions d’accostage compétitives, le terminal pourrait reconfigurer les routes logistiques pétrolières en Afrique centrale. Les autorités camerounaises mettent en avant l’argument de l’intégration énergétique régionale, un thème porteur dans les discussions de la CEMAC depuis la crise des changes du milieu de la décennie.

Calendrier, financement et exécution

Le financement validé par la présidence ouvre désormais la voie aux phases d’exécution. Les détails du montage financier n’ont pas été rendus publics, mais la mention du SGPR Ferdinand Ngoh Ngoh dans la chaîne de validation indique un dossier piloté au plus haut niveau de l’État. Cette centralisation décisionnelle, caractéristique des grands projets d’infrastructure au Cameroun, témoigne du caractère prioritaire accordé au THK.

L’implication de Negri suggère un transfert de savoir-faire en matière de génie pétrolier, secteur où l’expertise italienne est reconnue, notamment à travers les références d’ENI et de ses filiales d’ingénierie en Afrique subsaharienne. Reste à préciser le périmètre exact des travaux, les délais d’achèvement et la capacité finale de stockage retenue, autant de paramètres qui détermineront le retour sur investissement du projet et son effet structurant sur le marché régional.

La concrétisation du Terminal à hydrocarbures de Kribi constituera un test grandeur nature pour la coordination entre opérateurs publics camerounais et partenaires techniques étrangers. Selon Financial Afrik, les responsables de la SCDP et du PAK ont confirmé leur volonté d’avancer rapidement vers les phases opérationnelles.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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