Les remboursements de crédits de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) effectués par l’État camerounais au premier trimestre 2026 s’établissent à 11,1 milliards de FCFA, en repli de 45,7% sur un an. La donnée, consignée dans le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) à moyen terme 2027-2029 du ministère des Finances (Minfi), traduit un décrochage de 9,3 milliards de FCFA en valeur absolue par rapport à la même période de 2025. Elle intervient alors que Yaoundé s’est engagé, sur l’ensemble de l’exercice 2026, à apurer une enveloppe de 84 milliards de FCFA au bénéfice des entreprises créancières.
Un taux d’exécution budgétaire préoccupant
Rapporté à cet objectif annuel, le niveau d’exécution ressort à 13,2% à fin mars, quand le premier trimestre représente déjà le quart de l’année budgétaire. L’écart entre le rythme théorique et le rythme observé traduit une exécution nettement en retrait, qui rend arithmétiquement plus ardue la tenue de l’engagement gouvernemental sur les neuf mois restants. Pour atteindre la cible fixée, le Trésor devrait désormais décaisser près de 73 milliards de FCFA d’avril à décembre, soit une moyenne trimestrielle largement supérieure à celle constatée l’an dernier.
Ce ralentissement s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes sur la trésorerie de l’État, contraint d’arbitrer entre le service de la dette, la masse salariale, les dépenses d’investissement et les restitutions dues au secteur privé. Les remboursements de crédits TVA figurent parmi les postes les plus sensibles à ces arbitrages, car ils n’ont pas de caractère politique immédiat et se prêtent à un étalement discrétionnaire.
Un cadre réglementaire théoriquement protecteur
La législation fiscale camerounaise autorise les entreprises à solliciter le remboursement de leurs crédits de TVA après trois mois d’accumulation. L’administration dispose ensuite d’un délai de deux mois pour procéder au décaissement. En pratique, cette échéance n’est pas systématiquement tenue, l’État constituant des arriérés qui se répercutent directement sur le cycle d’exploitation des sociétés concernées.
Les exportateurs sont particulièrement exposés. L’application du taux zéro de TVA à leurs ventes hors du territoire les place structurellement en position de créanciers vis-à-vis du fisc, puisqu’ils continuent d’acquitter la taxe sur leurs intrants sans pouvoir la répercuter sur leurs clients étrangers. Chaque retard de remboursement immobilise donc des liquidités qui devraient nourrir leurs investissements, leurs importations d’équipements ou le paiement de leurs fournisseurs locaux.
Des propositions patronales restées sans suite
Le sujet n’est pas neuf. Dès décembre 2013, le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), devenu depuis le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), avait suggéré au gouvernement de lancer un emprunt obligataire dédié à l’apurement du stock de crédits TVA dus aux opérateurs. La principale organisation patronale du pays voyait dans cette opération de marché un moyen de solder rapidement l’arriéré tout en lissant son coût budgétaire.
Quatre ans plus tard, le 13 mars 2017 à Douala, la 8e édition du Cameroon Business Forum (CBF), instance de dialogue public-privé dont l’activité s’est depuis essoufflée, avait relayé une proposition complémentaire : la création d’un compte séquestre destiné à garantir mécaniquement le paiement des remboursements dans les délais légaux. Ce dispositif aurait sanctuarisé une partie des recettes fiscales au profit du remboursement des crédits TVA, à l’abri des arbitrages de court terme.
Aucune de ces pistes n’a été concrétisée à ce jour. Faute d’un mécanisme dédié, les entreprises restent tributaires de la capacité effective du Trésor à honorer ses engagements trimestre après trimestre. Le repli enregistré au premier trimestre 2026 alimente les inquiétudes du tissu productif, tout particulièrement dans les filières agro-industrielles, forestières et minières tournées vers l’export, dont la compétitivité dépend directement de la fluidité des remboursements fiscaux. Selon Investir au Cameroun, l’atteinte de la cible annuelle de 84 milliards de FCFA apparaît désormais incertaine.
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