Comilog : l’AMF valide une recapitalisation de 328 milliards FCFA

A large yellow mining truck in a rocky quarry under a clear sky.Photo : Gansham Ramchandani / Pexels

La décision de l’Autorité des marchés financiers (AMF) autorisant une étape de la recapitalisation d’Eramet, pour un montant estimé à 328 milliards de FCFA, place à nouveau la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) au cœur de l’actualité économique gabonaise. L’opération, chiffrée à environ 558,3 millions de dollars, concerne directement la principale filiale africaine du groupe français, exploitant historique du gisement de Moanda, dans la province du Haut-Ogooué. Elle intervient à un moment où Libreville revendique un contrôle accru sur ses ressources stratégiques.

Comilog, pilier gabonais du manganèse mondial

Comilog n’est pas une filiale minière parmi d’autres. L’entreprise exploite depuis 1962 le plateau de Bangombé, à Moanda, l’un des plus riches gisements de manganèse à haute teneur de la planète. Le site fournit, selon les campagnes, entre 6 et 7 millions de tonnes de minerai par an, ce qui place le Gabon régulièrement au deuxième ou troisième rang mondial des producteurs, derrière l’Afrique du Sud et au coude-à-coude avec l’Australie. Le manganèse, utilisé pour durcir les aciers et désormais convoité pour certaines chimies de batteries, est devenu un actif stratégique dans la compétition industrielle entre la Chine, l’Europe et l’Amérique du Nord.

Au capital de Comilog, Eramet détient une participation très majoritaire, de l’ordre des deux tiers, aux côtés de l’État gabonais, actionnaire historique via la Société équatoriale des mines, et de porteurs minoritaires. Cette structure capitalistique explique pourquoi toute opération financière conduite au niveau de la maison mère française, lorsqu’elle touche spécifiquement sa filiale gabonaise, mobilise l’attention du régulateur et des autorités de Libreville. Une recapitalisation modifie en effet, par ricochet, les équilibres de valorisation et, potentiellement, les droits économiques des actionnaires minoritaires.

Une recapitalisation de 558 millions de dollars sous surveillance

L’enveloppe validée, 328 milliards de FCFA, représente une opération d’ampleur significative à l’échelle du bilan d’Eramet, dont le chiffre d’affaires annuel oscille autour de 3 à 4 milliards d’euros selon les cycles de prix des métaux. L’objectif affiché est de consolider la structure financière du groupe, dans une séquence marquée par un fort besoin d’investissement, notamment sur le nickel indonésien et le lithium argentin, et par un repli des cours du manganèse par rapport aux pics observés en 2022. Dans ce contexte, la génération de trésorerie assurée par Moanda demeure un amortisseur central pour Eramet.

Reste à préciser la nature exacte des titres émis et les modalités techniques retenues. Augmentation de capital réservée, émission obligataire convertible ou instrument hybride : chaque schéma produit des effets différents sur la dilution éventuelle des minoritaires et sur l’endettement consolidé. L’avis du régulateur de marché constitue, dans ce type d’opération, un passage obligé avant mobilisation effective des fonds et information des porteurs. La prochaine étape attendue portera sur le calendrier de souscription et, le cas échéant, sur la position que prendra l’État gabonais, qui dispose de leviers pour défendre sa quote-part.

Un test pour la doctrine minière du Gabon post-transition

L’opération intervient dans un paysage politique rénové. Depuis le changement de régime d’août 2023 et l’arrivée au pouvoir du général Brice Clotaire Oligui Nguema, les autorités gabonaises ont multiplié les signaux en faveur d’une plus grande captation de la rente minière. La révision du code minier, les discussions autour de la transformation locale du minerai et la montée en puissance de la Société équatoriale des mines s’inscrivent dans cette orientation. L’exécutif a par ailleurs rappelé, à plusieurs reprises, son attachement à la stabilité juridique des contrats, un équilibre délicat à tenir vis-à-vis des investisseurs étrangers.

Le précédent nigérien, où l’activité d’Orano a été brutalement remise en cause en 2024, et les tensions récurrentes autour des contrats miniers en République démocratique du Congo illustrent la vigilance nouvelle des États africains sur leurs ressources. Libreville, qui tire du manganèse une part non négligeable de ses recettes d’exportation hors hydrocarbures, dispose avec cette recapitalisation d’une occasion de clarifier sa doctrine : préserver un actionnariat partagé avec un opérateur industriel de premier plan, tout en consolidant la part publique dans un secteur appelé à peser de plus en plus lourd dans la transition énergétique mondiale.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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