Côte d’Ivoire : la carte du producteur devient obligatoire pour le cacao

Close-up of cocoa beans drying in rural Nigeria, showcasing natural texture and agricultural process.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

Premier producteur mondial de fèves, la Côte d’Ivoire a lancé le 1er septembre sa nouvelle campagne cacaoyère avec une réforme structurante : la carte du producteur, longtemps évoquée, devient un sésame indispensable pour vendre sa récolte. Le document, délivré par le Conseil du café-cacao (CCC), identifie nominativement chaque planteur et rattache son exploitation à une parcelle géolocalisée. Objectif affiché par Abidjan, professionnaliser un secteur qui alimente près de 45 % de l’offre mondiale et fait vivre plus de cinq millions d’Ivoiriens directement ou indirectement.

Une carte du producteur pour verrouiller la traçabilité du cacaovorien

Concrètement, aucun planteur ne pourra désormais écouler ses fèves auprès des coopératives et acheteurs agréés sans présenter cette pièce biométrique. Le CCC entend ainsi assainir les circuits de collecte, réduire la part du cacao dit « informel » qui échappait jusqu’ici aux statistiques officielles et sécuriser le prix garanti au producteur. La mesure s’accompagne d’un recensement exhaustif des vergers, exercice inédit à cette échelle en Afrique de l’Ouest. Les autorités espèrent également mieux cibler les programmes d’appui, qu’il s’agisse de distribution d’intrants, de replantation ou de retraite paysanne.

Cette bascule administrative répond à une pression réglementaire venue de l’extérieur. Le règlement européen sur la déforestation importée, dont l’entrée en application est programmée pour la fin de l’année 2025, imposera aux importateurs de démontrer que le cacao mis sur le marché européen ne provient pas de parcelles défrichées après 2020. Or l’Union européenne absorbe à elle seule près des deux tiers des exportations ivoiriennes. Sans dispositif de géolocalisation robuste, une part significative de la production risquait d’être refoulée aux portes du continent.

Un prix bord champ sous tension malgré les cours mondiaux

La campagne principale s’ouvre dans un contexte de marché atypique. Les cours du cacao, qui avaient culminé au-dessus de 10 000 dollars la tonne à Londres et New York au printemps 2024, se sont partiellement dégonflés mais demeurent historiquement élevés. Cette envolée reflète les déficits successifs enregistrés en Afrique de l’Ouest, où les maladies du cacaoyer, le vieillissement des plantations et les aléas climatiques ont amputé les volumes. La Côte d’Ivoire a vu sa récolte 2023-2024 chuter sensiblement, avant un rebond attendu pour l’exercice en cours.

Reste que la répercussion de cette flambée sur le revenu paysan alimente les débats. Le prix garanti fixé par le CCC pour la campagne précédente avait été relevé à 1 800 francs CFA le kilogramme, un niveau record mais jugé insuffisant par plusieurs organisations professionnelles au regard des cours internationaux. Abidjan et Accra, qui coordonnent leur politique via l’Initiative cacao Côte d’Ivoire-Ghana, cherchent à capter davantage de valeur ajoutée, notamment en accélérant la transformation locale des fèves en beurre, poudre et masse de cacao.

Souveraineté agricole et bataille de la transformation

La généralisation de la carte du producteur s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté agricole. En sécurisant l’identification des exploitants, l’État ivoirien pose les fondations d’un système de paiement électronique direct, susceptible de contourner à terme les intermédiaires les moins scrupuleux. Les partenaires industriels, de Barry Callebaut à Cargill en passant par Cémoi, réclament également cette visibilité pour se conformer à leurs propres engagements en matière de diligence raisonnable.

Par ailleurs, le gouvernement a fixé un objectif ambitieux de transformer localement au moins la moitié des fèves produites à l’horizon 2030, contre environ un tiers aujourd’hui. Plusieurs unités broient déjà à San-Pedro et à Abidjan, et de nouveaux investissements sont annoncés dans la zone industrielle de PK24. La réussite de cette montée en gamme dépendra largement de la fiabilité des données remontées par le nouveau dispositif de traçabilité. Sans une carte du producteur pleinement opérationnelle, la promesse d’un cacao ivoirien durable et rémunérateur resterait fragile. Selon PressAfrik, l’entrée en vigueur de la mesure marque bien le point de départ de cette nouvelle architecture de la filière.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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