Le président de la Chambre des députés libanaise, Nabih Berri, a signifié à la présidence de la République qu’il n’entend pas cautionner une gestion solitaire des dossiers touchant à la souveraineté nationale. Selon Al Akhbar, le chef du mouvement Amal a formulé un triple refus : pas de négociation directe avec Israël sous la pression du feu, pas d’accord-cadre préalable et pas de zones « expérimentales » dans le sud du pays. Cette prise de position intervient alors que Beyrouth subit une intense pression américaine visant à structurer un nouveau canal politique avec Tel-Aviv.
Un veto politique adressé à la présidence libanaise
Le message de Nabih Berri s’adresse directement au président Joseph Aoun, entré en fonction dans un contexte de recomposition des équilibres internes. Le chef du Parlement, figure historique du chiisme politique libanais et interlocuteur de longue date des chancelleries occidentales, refuse que les dossiers stratégiques soient traités hors du cadre collégial. Il rappelle en substance qu’aucun responsable, fût-il chef de l’État, ne peut engager seul le Liban sur des sujets qui touchent à l’intégrité territoriale et au statut de la résistance armée.
Cette mise au point traduit la crainte, au sein de l’axe Amal-Hezbollah, d’un glissement du dossier vers un format bilatéral direct entre Beyrouth et Tel-Aviv. Le précédent de l’accord sur la frontière maritime, conclu en 2022 sous médiation américaine, avait été présenté comme un plafond à ne pas dépasser. Berri considère qu’une négociation politique élargie, notamment sur la frontière terrestre et les points litigieux occupés par l’armée israélienne, doit obéir à des règles strictement différentes.
Trois lignes rouges face au format américain
Le premier refus porte sur la méthode. Aux yeux du président du Parlement, aucune négociation directe ne peut se tenir tant que les frappes israéliennes se poursuivent sur le territoire libanais. Discuter sous la menace militaire reviendrait à valider une équation asymétrique, où l’adversaire dicterait le calendrier et le contenu des discussions. Cette exigence rejoint la position exprimée par le Hezbollah, qui conditionne tout dialogue à un arrêt vérifiable des hostilités et au retrait des positions occupées depuis la guerre de 2024.
Le deuxième refus concerne le fond. Berri rejette l’idée d’un accord-cadre, formule diplomatique qui consisterait à définir en amont un ensemble de principes politiques englobant la sécurité, la démarcation frontalière et, potentiellement, la normalisation. Un tel document lierait Beyrouth avant même le début des pourparlers techniques. Le chef du Parlement y voit une reconnaissance implicite trop coûteuse et un contournement du principe d’unanimité qui régit, selon lui, les questions de souveraineté.
Le troisième refus vise les propositions de zones « expérimentales » évoquées dans les discussions récentes. Ce concept, avancé par certains médiateurs, consisterait à tester des mécanismes de désescalade dans des portions délimitées du sud du Liban. Berri estime qu’un tel dispositif fragmenterait la souveraineté territoriale et créerait un précédent juridique dangereux, en instituant de facto des régimes différenciés à l’intérieur du même pays.
Un test pour la cohésion institutionnelle libanaise
Au-delà du bras de fer avec Israël, la sortie du président du Parlement révèle la fragilité du consensus interne autour de la nouvelle présidence. Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée, dispose du soutien de Washington et de plusieurs capitales arabes, ce qui lui confère une marge de manœuvre inédite pour un chef d’État libanais depuis 2005. Mais cette marge se heurte au verrou parlementaire tenu par Berri, dont la longévité politique et le contrôle du calendrier législatif restent des variables incontournables.
La formule employée par le chef du législatif — l’interdiction de « s’approprier seul les titres souverains » — vise à réinsérer les grandes décisions dans le triangle exécutif traditionnel, qui associe la présidence de la République, la primature et la présidence du Parlement. Cette architecture, héritée de l’accord de Taëf, avait été affaiblie par la vacance présidentielle et par la crise économique. Sa réactivation constitue un enjeu structurel autant qu’une manœuvre tactique.
Reste que la fenêtre diplomatique ouverte par les États-Unis et certains partenaires européens se referme rapidement. Washington attend de Beyrouth des gestes concrets, tandis que Tel-Aviv maintient une pression militaire soutenue. Dans ce contexte, la clarification apportée par le président du Parlement fixe un cadre que la présidence libanaise ne pourra ignorer sans risquer une crise institutionnelle ouverte. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
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