Ebola en RDC : la Croix-Rouge alerte sur les attaques contre ses équipes

A close-up of a person wearing a volunteer shirt with arms crossed, promoting community service.Photo : RDNE Stock project / Pexels

La Croix-Rouge a marqué le centième jour de l’épidémie d’Ebola en RDC, dimanche 23 août, par un constat préoccupant. Neuf de ses volontaires ont été la cible d’agressions depuis le début de la riposte, une escalade que l’organisation humanitaire juge incompatible avec la poursuite sereine des opérations sanitaires. Ces attaques, dont la fréquence s’est accentuée ces dernières semaines, illustrent la défiance persistante d’une partie des populations à l’égard des équipes déployées sur le terrain.

La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) rappelle que ses équipes locales assurent des missions essentielles : sensibilisation communautaire, prise en charge des dépouilles selon un protocole sécurisé, accompagnement des familles endeuillées. Autant de tâches où la confiance de la population conditionne l’efficacité. Or cette confiance apparaît érodée dans plusieurs zones de la riposte, où circulent rumeurs et théories hostiles à l’action humanitaire.

Une riposte sanitaire minée par la défiance communautaire

Le schéma n’est pas inédit. Lors des précédentes flambées d’Ebola dans l’est du pays, notamment celle de 2018-2020 dans le Nord-Kivu, les équipes médicales et humanitaires avaient déjà essuyé de multiples attaques, certaines meurtrières. Des centres de traitement avaient été incendiés, des soignants tués. Les autorités sanitaires congolaises et leurs partenaires internationaux s’étaient alors employés à revoir la doctrine d’intervention, en associant davantage les autorités coutumières et les relais communautaires.

La répétition des incidents en 2025 suggère que ces enseignements n’ont pas suffi à désarmer les résistances. Dans un pays où l’État peine à garantir la sécurité de ses propres agents dans certaines provinces, la protection des volontaires civils relève d’un défi structurel. Les enterrements dignes et sécurisés, en particulier, cristallisent les tensions : ils touchent aux rituels funéraires, à la relation aux morts, à des pratiques profondément ancrées que le protocole sanitaire vient bousculer.

Le poids stratégique des volontaires locaux

La Croix-Rouge s’appuie en RDC sur un maillage de volontaires recrutés au sein même des communautés touchées. Cette proximité constitue à la fois sa force et sa vulnérabilité. Ces intervenants connaissent les langues locales, les codes sociaux, les figures d’autorité. Ils permettent une pénétration du terrain que ne pourraient assurer des équipes exclusivement expatriées. En contrepartie, ils s’exposent personnellement, sans les dispositifs de sécurité dont disposent les organisations onusiennes ou les contingents étrangers.

La FICR insiste sur le fait que chaque attaque produit un double effet délétère. Elle blesse ou traumatise les volontaires visés, mais elle décourage aussi le recrutement, ralentit les tournées de sensibilisation, retarde les prises en charge. À l’échelle d’une épidémie où chaque cas suspect doit être identifié rapidement pour couper les chaînes de transmission, ces retards se traduisent mécaniquement par des cas supplémentaires.

Un enjeu de santé publique régionale

Au-delà du territoire congolais, la maîtrise de l’épidémie engage la sécurité sanitaire de toute l’Afrique centrale et australe. Les précédents épisodes ont démontré la capacité du virus à franchir les frontières via les mobilités transfrontalières, notamment vers l’Ouganda et le Rwanda. Les autorités des pays voisins suivent de près l’évolution du foyer et le maintien du dispositif de riposte. Toute défaillance opérationnelle liée à l’insécurité rejaillit sur la vigilance régionale.

La Croix-Rouge appelle en filigrane à un renforcement de la protection accordée à ses équipes, sans toutefois militariser une action qui perdrait alors sa légitimité communautaire. L’équation reste délicate : garantir la sécurité des volontaires sans transformer les opérations sanitaires en interventions coercitives. Les autorités congolaises, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les partenaires bilatéraux devront rapidement clarifier leur réponse à cette demande, faute de quoi la riposte pourrait perdre en efficacité au moment même où les autorités espèrent une décrue.

Selon PressAfrik, l’organisation humanitaire estime que la protection de ses volontaires est désormais indissociable de la réussite sanitaire de la riposte.

Pour aller plus loin

Probo Koala : 20 ans après, l’Afrique face au trafic de déchets · Le Cameroun remporte la CAN féminine 2026 face au Malawi · Sénégal : la Bourse de sécurité sociale atteint 355 013 ménages

Actualité africaine

About the Author

Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

Be the first to comment on "Ebola en RDC : la Croix-Rouge alerte sur les attaques contre ses équipes"

Laisser un commentaire