[{« body_html »: «
Vingt ans jour pour jour après la nuit du 19 août 2006, Abidjan garde une plaie ouverte. Le déversement, dans plusieurs sites de la capitale économique ivoirienne, de plus de 500 tonnes de résidus toxiques par le navire Probo Koala, affrété par le négociant néerlandais Trafigura, avait provoqué une catastrophe sanitaire sans précédent. Officiellement, dix-sept personnes ont perdu la vie et plus de 100 000 habitants ont afflué vers les centres de santé, victimes d’intoxications aux vapeurs de soude caustique, de mercaptans et de composés soufrés.
L’anniversaire ravive un débat que les organisations de défense de l’environnement n’ont jamais laissé refluer. Malgré la Convention de Bâle de 1989 sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et la Convention de Bamako de 1991, qui interdit l’importation en Afrique de déchets dangereux originaires de pays non africains, les flux illicites vers le continent perdurent. Textiles usagés, plastiques, batteries au plomb, équipements électroniques en fin de vie : la géographie des rebuts industriels du Nord continue d’épouser celle des économies vulnérables du Sud.
Un procédé judiciaire inachevé, une justice en demi-teinte
L’affaire du Probo Koala n’a jamais connu de dénouement judiciaire pleinement satisfaisant pour les victimes. En 2007, Trafigura avait conclu un protocole d’accord avec l’État ivoirien portant sur environ 152 millions d’euros, en échange de l’abandon des poursuites contre la multinationale et ses dirigeants. Une transaction civile signée à Londres en 2009 avait ensuite prévu une indemnisation d’environ 45 millions d’euros pour près de 30 000 plaignants ivoiriens, soit moins de 1 500 euros par personne, dont une partie n’aurait jamais atteint les bénéficiaires en raison de détournements dénoncés par des ONG.
Aux Pays-Bas, la justice avait condamné en 2010 la filiale néerlandaise de Trafigura à une amende d’un million d’euros pour exportation illégale de déchets, une sanction jugée dérisoire au regard des dommages. Le capitaine ukrainien du navire avait écopé d’une peine avec sursis. Depuis, plusieurs procédures civiles engagées par des collectifs de victimes continuent de buter sur la complexité des juridictions et sur la dispersion géographique des responsabilités le long de la chaîne logistique.
Le colonialisme des déchets, une notion toujours opératoire
La formule, popularisée par les milieux militants africains à la fin des années 1980, désigne le transfert asymétrique des externalités environnementales des économies industrialisées vers les pays à faible capacité de contrôle. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estime que l’Afrique reçoit chaque année plusieurs centaines de milliers de tonnes de déchets électroniques en provenance d’Europe, souvent sous couvert de dons ou de biens de seconde main. Le port de Lagos, celui d’Accra et le site d’Agbogbloshie au Ghana figurent parmi les principaux points d’entrée documentés.
Le phénomène ne se limite plus aux résidus chimiques ou électroniques. Les vêtements de seconde main, expédiés par conteneurs entiers vers Cotonou, Lomé ou Nairobi, saturent les marchés locaux et génèrent des volumes considérables de textiles non revendables, incinérés à ciel ouvert ou abandonnés dans les zones humides. Plusieurs pays d’Afrique de l’Est, dont le Rwanda et le Kenya, tentent depuis 2016 de restreindre ces importations, s’attirant en retour des mesures de rétorsion commerciale de partenaires occidentaux.
Vers une souveraineté environnementale ?
Face à la persistance des trafics, plusieurs capitales africaines ont resserré leur cadre normatif. La Côte d’Ivoire a adopté en 2023 un nouveau code de l’environnement durcissant les sanctions contre le déversement illégal. Le Sénégal, le Ghana et le Nigeria ont renforcé leurs dispositifs douaniers de contrôle des conteneurs suspects, avec l’appui d’Interpol dans le cadre de l’opération 30 Days at Sea. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre par ailleurs la voie à une harmonisation des standards environnementaux à l’échelle du continent.
Reste que les moyens de contrôle demeurent limités. Les laboratoires d’analyse portuaires sont peu nombreux, les effectifs douaniers insuffisamment formés à la détection des substances dangereuses, et les sanctions rarement dissuasives. Vingt ans après Abidjan, le Probo Koala demeure moins un souvenir qu’un miroir tendu aux politiques publiques africaines. Selon PressAfrik.
« }]
Pour aller plus loin
Le Cameroun remporte la CAN féminine 2026 face au Malawi · Sénégal : la Bourse de sécurité sociale atteint 355 013 ménages · Gabon : 46 000 élèves du primaire affectés en classe de sixième

Be the first to comment on "Probo Koala : 20 ans après, l’Afrique face au trafic de déchets"