La prochaine échéance électorale en Israël s’annonce moins comme un affrontement entre visions inconciliables que comme un référendum sur la conduite de la guerre menée depuis octobre 2023. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, la campagne qui se dessine oppose deux camps qui ne divergent pas tant sur la nature du conflit que sur ses modalités : faut-il l’arrêter, le suspendre partiellement ou en reconfigurer la gestion politique et militaire ? Cette lecture, courante dans la presse arabophone proche de l’axe de la résistance, pointe une convergence inédite entre coalition et opposition sur les finalités sécuritaires, alors même que la société israélienne apparaît fracturée sur le coût humain et diplomatique de l’offensive.
Une opposition qui conteste la méthode plus que la doctrine
Les principales figures de l’opposition israélienne, de Yaïr Lapid à Benny Gantz, ont multiplié ces derniers mois les attaques contre le premier ministre Benyamin Netanyahou. Leurs critiques portent sur l’enlisement à Gaza, l’incapacité à ramener l’ensemble des otages et la dépendance croissante à l’égard des partenaires de la coalition issus de l’extrême droite religieuse. Reste que sur le fond stratégique — désarmement du Hamas, maintien d’un contrôle sécuritaire israélien sur l’enclave, poursuite des frappes au Liban et en Syrie — les divergences demeurent ténues. Le débat électoral se cristallise donc sur la gouvernance de la guerre plutôt que sur son principe.
Cette configuration reflète, selon Al Akhbar, un déplacement du centre de gravité politique israélien vers la droite depuis le 7 octobre 2023. Les sondages publiés au fil de l’année 2024 ont régulièrement montré une érosion du Likoud sans transfert massif vers la gauche sioniste, historiquement marginalisée. Les électeurs indécis se répartissent principalement entre formations centristes qui promettent une gestion plus rationnelle du même agenda sécuritaire. Ce phénomène explique pourquoi les scénarios de sortie de crise portés par l’opposition restent circonscrits à des ajustements tactiques.
Netanyahou et le pari de la prolongation
Pour le chef du gouvernement, l’intérêt politique demeure lié à la poursuite de l’état de guerre, seul cadre qui repousse l’échéance de son procès pour corruption et diffère la publication des conclusions d’éventuelles commissions d’enquête sur les défaillances du 7 octobre. Ses alliés d’extrême droite, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, verrouillent la coalition en menaçant de la faire chuter à la moindre concession substantielle sur Gaza. Cette architecture confère à Netanyahou une marge de manœuvre étroite mais durable, tant qu’aucun cessez-le-feu global ne vient rebattre les cartes.
La stratégie de communication du Likoud consiste à présenter toute alternative comme un risque existentiel. Le premier ministre s’efforce de convaincre son électorat que lui seul dispose de l’expérience diplomatique pour gérer la relation avec Washington, notamment depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Ce narratif rencontre toutefois des limites : la lassitude des réservistes, mobilisés à répétition, et le poids budgétaire de la guerre pèsent sur l’opinion. Les manifestations hebdomadaires des familles d’otages continuent d’exercer une pression morale que la coalition peine à neutraliser.
Un scrutin sous contrainte régionale
Le calendrier électoral israélien ne peut être dissocié des dynamiques régionales. La reconfiguration du Liban après l’affaiblissement du Hezbollah, l’effondrement du régime de Bachar el-Assad en Syrie fin 2024 et la recomposition des équilibres iraniens modifient l’environnement stratégique dans lequel les partis israéliens élaborent leurs plateformes. Les formations centristes plaident pour une consolidation des gains sécuritaires accompagnée d’une réouverture diplomatique, tandis que la droite radicale défend une logique d’annexion et de peuplement, notamment en Cisjordanie et sur les hauteurs du Golan.
Concrètement, la question palestinienne se trouve reléguée au second plan du débat électoral, réduite à une variable sécuritaire. Aucun grand parti ne porte aujourd’hui un projet politique de règlement fondé sur une solution à deux États. Cette évolution, soulignée par plusieurs analystes cités dans la presse arabe, marque une rupture avec les campagnes des années 1990 et 2000. Pour les capitales arabes engagées dans les accords d’Abraham comme pour celles restées en retrait, la prochaine mandature israélienne conditionnera la faisabilité d’une architecture régionale post-guerre.
Reste à mesurer l’écart entre les promesses de campagne et les contraintes du pouvoir. Les précédentes législatures ont montré qu’une majorité fragile suffit à figer les grandes orientations diplomatiques d’Israël, quelles que soient les intentions affichées. Selon Al Akhbar, l’issue du scrutin déterminera moins une bifurcation stratégique qu’un rythme et un style dans la poursuite d’objectifs largement partagés au sein de l’establishment sécuritaire.
Pour aller plus loin
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