Téhéran menace Washington d’une guerre des pétroliers dans le Golfe

Aerial shot of an oil tanker on the ocean at sunset in Galveston, Texas.Photo : Ojas Narappanawar / Pexels

La confrontation entre l’Iran et les États-Unis entre dans une phase que Téhéran qualifie ouvertement de « ripostes asymétriques ». Le quotidien libanais Al Akhbar rapporte que la République islamique prévient désormais Washington qu’une nouvelle guerre des pétroliers dans le Golfe fait partie des options envisagées. Le message, adressé par des canaux directs et indirects, marque un durcissement de la posture iranienne après plusieurs mois d’escalade régionale.

Le vocabulaire employé n’est pas anodin. En parlant de réponses « non proportionnées », Téhéran signifie que ses représailles ne se calqueront pas sur l’échelle des frappes ou des sanctions reçues, mais viseront les points de vulnérabilité stratégique de ses adversaires. La circulation des hydrocarbures dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, figure au premier rang de ces leviers.

Une doctrine des « ripostes asymétriques » assumée

La formule renvoie à une longue tradition stratégique de la République islamique, qui compense son infériorité conventionnelle par une capacité de nuisance ciblée. Drones navals, mines marines, vedettes rapides des Gardiens de la révolution, capacités de brouillage : l’arsenal permet de perturber le trafic commercial sans engager une confrontation frontale avec la marine américaine. Cette grammaire a déjà été éprouvée lors des épisodes de 2019, marqués par plusieurs attaques et arraisonnements de tankers dans le Golfe et la mer d’Oman.

En brandissant à nouveau cette menace, Téhéran cherche à obtenir un effet de dissuasion immédiat. Le calcul est double. D’une part, rappeler que toute pression militaire ou économique supplémentaire aurait un coût énergétique mondial. D’autre part, adresser un signal aux monarchies du Golfe, invitées à peser sur Washington pour éviter une déflagration régionale dont elles seraient les premières victimes.

Le détroit d’Ormuz, verrou du marché pétrolier

La centralité d’Ormuz explique la nervosité des marchés à chaque poussée de tension. Les exportations saoudiennes, émiraties, koweïtiennes, qatariennes et irakiennes empruntent ce goulet stratégique, tout comme une part significative des cargaisons de gaz naturel liquéfié à destination de l’Asie. Une campagne de harcèlement contre les pétroliers, même limitée, ferait bondir les primes de risque, renchérirait les affrètements et pousserait à la hausse les cours du brut.

Pour les économies africaines importatrices nettes d’hydrocarbures, du Maroc au Sénégal en passant par la Côte d’Ivoire, l’onde de choc serait immédiate. Les factures énergétiques, déjà pesantes pour les équilibres budgétaires, s’alourdiraient et pèseraient sur les subventions aux carburants. À l’inverse, les producteurs du golfe de Guinée pourraient tirer parti d’un différentiel de prix, à condition que la logistique maritime mondiale ne se grippe pas globalement.

Un signal politique adressé à plusieurs capitales

Au-delà du volet militaire, la mise en garde iranienne s’inscrit dans une séquence diplomatique tendue. Téhéran entend imposer ses conditions dans les discussions parallèles portant sur son programme nucléaire, ses alliés régionaux et l’architecture de sécurité du Golfe. En évoquant la guerre des pétroliers, la République islamique adresse aussi un avertissement à Israël, dont plusieurs navires marchands ont déjà été visés en mer d’Oman ces dernières années, et aux puissances européennes engagées dans des opérations navales de surveillance.

La question centrale demeure celle du seuil. Une opération limitée contre un tanker isolé peut être maquillée en incident, absorbée diplomatiquement et suivie de désescalade. Une campagne systématique, en revanche, entraînerait presque mécaniquement une réponse militaire américaine, avec un risque d’engrenage difficile à maîtriser. Les précédents de 2019 avaient montré la capacité de Washington à graduer sa riposte pour éviter la guerre ouverte, mais le contexte régional, marqué par le conflit à Gaza et les tensions en mer Rouge, laisse moins de marge de manœuvre.

Reste que la menace, même verbale, produit déjà ses effets. Les assureurs maritimes surveillent chaque signal, les compagnies pétrolières recalculent leurs itinéraires et les chancelleries du Golfe multiplient les canaux de médiation. Téhéran, en installant publiquement la grille des « ripostes asymétriques », transforme l’incertitude elle-même en instrument de pression. Selon Al Akhbar, cette phase ne fait que commencer.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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