Eni décroche quinze blocs offshore en Guinée dans le bassin MSGBC

View of the West Draco oil rig at sunrise in Taşucu port, Türkiye.Photo : Ahmet Kerem Derin / Pexels

La compagnie pétrolière italienne Eni a sécurisé quinze blocs offshore au large de la Guinée, consolidant son positionnement dans le bassin MSGBC, acronyme qui désigne l’ensemble sédimentaire Mauritanie-Sénégal-Gambie-Bissau-Conakry. L’opération inscrit la major dans la liste restreinte des acteurs internationaux qui parient sur le potentiel hydrocarbure de cette façade atlantique, longtemps demeurée à la marge des grandes campagnes d’exploration.

Une signature qui muscle le portefeuille africain d’Eni

Avec cette prise, le groupe dirigé par Claudio Descalzi étoffe un portefeuille africain déjà dense, des gisements offshore d’Égypte au projet gazier Coral South au Mozambique, en passant par la Côte d’Ivoire où le champ Baleine est devenu la vitrine de sa stratégie d’exploration rapide. L’Afrique fournit aujourd’hui une part déterminante de la production d’hydrocarbures d’Eni, et la diversification géographique demeure un objectif explicite de sa feuille de route. La Guinée, restée jusqu’ici en retrait des grandes découvertes ouest-africaines, offre à la compagnie un terrain de prospection neuf, dont la géologie s’inscrit dans le prolongement direct des structures mauritaniennes et sénégalaises.

Le choix de prendre quinze blocs d’un seul tenant traduit une logique d’occupation du terrain. En verrouillant un large périmètre, Eni s’assure une marge de manœuvre considérable pour calibrer ses campagnes sismiques avant d’engager des forages d’exploration, opérations coûteuses dont la rentabilité dépend de la qualité de l’imagerie sous-marine préalable. Cette approche par grappes a déjà porté ses fruits à Chypre et en Angola, où l’italien a su transformer des permis d’exploration tentaculaires en découvertes commerciales en quelques années seulement.

Le bassin MSGBC, nouveau front énergétique ouest-africain

Le bassin MSGBC s’est imposé en moins d’une décennie comme l’une des frontières gazières les plus prometteuses du continent. La mise en service progressive du projet Grand Tortue Ahmeyim, opéré par BP et Kosmos Energy à cheval entre la Mauritanie et le Sénégal, a validé la maturité industrielle de la zone. Le démarrage du champ Sangomar, piloté par l’australien Woodside au large de Dakar, a confirmé que le pétrole y était également exploitable à des conditions économiques acceptables. Ces deux jalons ont rebattu les cartes pour les compagnies internationales qui hésitaient encore à investir dans la sous-région.

Dans ce contexte, l’arrivée massive d’Eni en eaux guinéennes constitue un signal stratégique. Conakry cherche depuis plusieurs années à attirer des partenaires capables de transformer un potentiel théorique en production effective, après plusieurs cycles d’exploration peu concluants menés par des indépendants. La signature avec un opérateur de premier rang change l’échelle des moyens techniques et financiers mobilisables. Pour les autorités guinéennes, l’enjeu dépasse la seule rente fiscale potentielle : il s’agit de positionner le pays sur la carte énergétique régionale, à un moment où le voisinage immédiat structure déjà ses chaînes de valeur gaz et pétrole.

Calendrier d’exploration et incertitudes opérationnelles

Reste que le passage de la signature d’un contrat à une mise en production effective demande, dans l’industrie offshore profonde, entre sept et douze ans. Les premières acquisitions sismiques 3D devront être interprétées avant qu’Eni ne décide des sites de forage prioritaires. Les niveaux d’investissement dépendront ensuite des découvertes initiales et de l’évolution des prix du baril, alors que les majors européennes arbitrent de plus en plus serré entre projets gaziers à fort potentiel et engagements de décarbonation pris devant leurs actionnaires.

L’agenda climatique pèse également sur la perception de telles opérations. Eni revendique une trajectoire de neutralité carbone à l’horizon 2050 tout en continuant d’engager des capitaux significatifs dans l’amont pétrolier et gazier. Cette double logique se lit dans le bassin MSGBC, où le gaz est mis en avant comme énergie de transition pour les marchés européens en quête d’alternatives au gaz russe, tandis que les pays hôtes y voient un levier d’industrialisation et d’électrification. La Guinée pourrait, à terme, rejoindre ce schéma si les travaux d’exploration confirment la présence de réserves commerciales.

Selon PressAfrik, l’accord scelle l’engagement d’Eni dans la prochaine phase d’exploration intensive de la façade atlantique ouest-africaine.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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