La Maison-Blanche aurait formulé auprès du président libanais Joseph Aoun une proposition à forte portée stratégique : obtenir la rétrocession de portions du territoire libanais encore tenues par l’armée israélienne, en échange d’une coordination active avec les nouvelles autorités syriennes dirigées par Ahmad al-Charaa afin de démanteler l’arsenal du Hezbollah. Cette offre, décrite comme un véritable troc politique, place Beyrouth face à un dilemme rare : recouvrer une souveraineté territoriale amputée depuis les affrontements de 2024, au prix d’une rupture ouverte avec la principale force armée non étatique du pays.
Un marchandage territorial aux implications régionales
Selon les éléments rapportés, l’administration américaine aurait présenté la restitution des collines et villages du Liban-Sud comme un acquis conditionnel, non comme un dû découlant de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. La formulation employée, celle d’un cadeau, tranche avec la doctrine libanaise traditionnelle qui considère ces territoires comme partie intégrante d’un patrimoine national inaliénable. En transformant une obligation issue du droit international en monnaie d’échange, Washington redéfinit unilatéralement les termes de la négociation post-guerre entre Israël et le Liban.
Le message adressé à Joseph Aoun, ancien chef de l’armée porté à la présidence en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance, mobilise directement le levier syrien. La mention d’Ahmad al-Charaa, figure issue de la mouvance qui a renversé Bachar el-Assad en décembre 2024, illustre le repositionnement accéléré de Damas comme partenaire de la stratégie américaine dans le Levant. L’ancien chef de Hayat Tahrir al-Cham, désormais reconnu par plusieurs capitales occidentales, se voit ainsi confier un rôle d’auxiliaire dans le verrouillage des routes d’approvisionnement du Hezbollah, historiquement tributaires du corridor syrien.
Le Hezbollah dans le viseur d’une architecture inédite
La question du désarmement du parti chiite, débattue depuis la fin des hostilités ouvertes avec Israël, cristallise désormais l’ensemble des dossiers libanais. La formation dirigée par Naïm Qassem, successeur de Hassan Nasrallah tué lors des frappes israéliennes de septembre 2024, a subi des pertes militaires et politiques considérables, mais conserve un ancrage communautaire et un arsenal résiduel que Washington entend voir démanteler. La convergence recherchée entre Beyrouth et Damas viserait précisément à couper les circuits logistiques que le mouvement utilisait pour se réapprovisionner via le territoire syrien.
Pour le palais de Baabda, l’exercice s’annonce périlleux. Accepter le principe d’une coordination sécuritaire avec Ahmad al-Charaa reviendrait à entériner une inversion complète des alliances régionales, la Syrie ayant été durant deux décennies le principal soutien logistique du Hezbollah. Refuser l’offre expose en revanche le gouvernement libanais à un enlisement du dossier des territoires occupés, dans un contexte où l’armée israélienne maintient plusieurs positions au-delà de la Ligne bleue.
Beyrouth entre souveraineté et réalisme diplomatique
Joseph Aoun se trouve pris en étau entre les attentes américaines et la structure interne du pouvoir libanais, où le Hezbollah conserve une représentation parlementaire significative et une capacité de blocage institutionnel. Toute décision publique en faveur du désarmement, sans négociation préalable avec le mouvement, exposerait la présidence à une crise politique majeure, susceptible de raviver les fractures confessionnelles.
Le calendrier diplomatique complique encore la donne. L’envoyée américaine pour le Liban et la Syrie multiplie les navettes entre Beyrouth, Damas et Jérusalem, tandis que Paris tente de préserver son influence historique sur le dossier libanais. Reste que la proposition dévoilée révèle un basculement : les États-Unis ne considèrent plus la question du Hezbollah comme un dossier strictement libanais, mais comme le pivot d’une recomposition levantine incluant la nouvelle Syrie. Cette approche, qui court-circuite les mécanismes onusiens, redistribue les cartes entre les capitales régionales et interroge la capacité de Beyrouth à préserver une marge de manœuvre autonome.
Concrètement, l’issue dépendra de la capacité du président libanais à obtenir des garanties tangibles, notamment un calendrier de retrait israélien vérifiable, avant d’engager tout mécanisme de désarmement. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
Iran-États-Unis : un ex-responsable du Pentagone redoute une impasse durable · Liban : des documents accusent Aoun d’avoir cédé sur la souveraineté · Le Caire renforce sa frontière et rejette la « zone pilote » de Rafah

Be the first to comment on "Trump propose à Aoun des terres libérées contre le désarmement du Hezbollah"