La filiale helvétique de HSBC a été mise en examen à Paris dans le volet français de l’enquête sur les biens mal acquis libanais, une procédure tentaculaire qui vise depuis plusieurs années l’ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé. Le parquet national financier (PNF) soupçonne l’établissement d’avoir contribué à dissimuler et à faire prospérer des avoirs issus de détournements présumés au détriment des finances publiques libanaises. Cette mise en cause d’un acteur bancaire de premier plan marque une nouvelle étape dans une affaire qui ébranle déjà la place financière de Beyrouth.
Une banque suisse au cœur du dossier Salamé
La décision du PNF cible HSBC Private Bank (Suisse), entité genevoise du groupe britannique, longtemps prisée par les grandes fortunes du Levant. Les magistrats français lui reprochent d’avoir hébergé et fait fructifier des fonds dont l’origine présumée serait liée aux opérations contestées de l’ex-gouverneur de la Banque centrale libanaise. La justice parisienne instruit ce dossier depuis 2021, sur la base de signalements relatifs à l’achat d’actifs immobiliers de prestige en France et dans plusieurs autres juridictions européennes.
Concrètement, la mise en examen ouvre la voie à d’éventuelles poursuites pour blanchiment aggravé. Elle s’accompagne en règle générale d’obligations procédurales lourdes, voire de cautions, lorsque la personne morale visée est étrangère. Le groupe HSBC, qui n’a pas livré de commentaire détaillé sur le fond, rappelle généralement que sa politique de conformité impose des contrôles renforcés sur les personnes politiquement exposées, catégorie à laquelle appartient sans contestation possible Riad Salamé.
Riad Salamé, figure déchue de la finance libanaise
À la tête de la BDL pendant trente ans, jusqu’en 2023, Riad Salamé a longtemps incarné la stabilité monétaire d’un Liban réputé pour son ingénierie financière. Sa chute, parallèle à l’effondrement de la livre libanaise et à la faillite du système bancaire en 2019, a entraîné un déluge de procédures judiciaires en France, en Allemagne, au Luxembourg, en Suisse et au Liban même. Il est notamment soupçonné d’avoir détourné plusieurs centaines de millions de dollars via un mécanisme de commissions versées à une société offshore liée à son frère, Forry Associates.
Le préjudice estimé par les enquêteurs européens dépasse, selon plusieurs estimations judiciaires, le seuil des 330 millions de dollars. Une partie de ces sommes aurait servi à acquérir un patrimoine immobilier considérable à Paris, sur la Côte d’Azur, à Londres ou à Munich. L’ancien banquier central, arrêté à Beyrouth en septembre 2024 et incarcéré dans son pays, conteste l’ensemble des accusations portées contre lui et invoque la légalité de ses revenus issus de son patrimoine personnel et de son ancienne carrière chez Merrill Lynch.
Un signal envoyé aux établissements de gestion privée
Au-delà du cas individuel, la procédure parisienne envoie un avertissement direct aux banques privées européennes qui ont prospéré sur la clientèle moyen-orientale. La gestion d’avoirs au profit de personnalités politiques exposées du Levant fait depuis plusieurs années l’objet d’une vigilance accrue des régulateurs, en particulier de la Finma suisse, qui avait déjà sanctionné plusieurs établissements pour des manquements dans le dossier Salamé. Une enquête pénale autonome est par ailleurs ouverte à Genève.
Pour HSBC, l’exposition réputationnelle est sensible. Le groupe a engagé ces dernières années un recentrage de ses activités de banque privée et cédé une partie de ses opérations continentales européennes. La mise en examen française survient alors que l’établissement cherche à tourner la page de plusieurs contentieux historiques, notamment ceux liés à l’évasion fiscale révélée par l’affaire SwissLeaks en 2015. La conformité aux règles anti-blanchiment, et particulièrement le traitement des flux issus de pays sous tension institutionnelle comme le Liban, devient un sujet stratégique pour les directions générales.
Reste à mesurer l’impact de cette procédure sur la coopération judiciaire entre Paris, Beyrouth et Berne. Les autorités libanaises peinent à récupérer les avoirs identifiés à l’étranger, faute d’un cadre juridique stabilisé et dans un contexte politique éclaté. L’issue du dossier français pourrait peser sur les négociations en cours autour d’un plan de restructuration du secteur bancaire libanais, condition posée par le Fonds monétaire international à toute aide d’envergure. Selon RFI Moyen-Orient, le PNF poursuit ses investigations sur d’autres établissements bancaires susceptibles d’avoir joué un rôle similaire.
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