Cameroun : bataille de gouvernance à la tête de l’ex-Société Générale

Breathtaking aerial shot of Douala, Cameroon showcasing cityscape and vibrant sunset.Photo : Xavier Messina / Pexels

Au Cameroun, la succession à la tête de l’ex-Société Générale Cameroun (SGC) tourne à l’épreuve de force. L’établissement bancaire, cédé par le groupe français dans le cadre de son désengagement d’une partie du continent, cherche encore son équilibre de gouvernance plusieurs mois après le changement d’actionnariat. À Douala comme à Yaoundé, les manœuvres se multiplient autour du poste de directeur général, dans un climat où se croisent enjeux de contrôle capitalistique, exigences prudentielles et rivalités internes.

La cession, actée en 2024, s’inscrivait dans le vaste plan de recentrage géographique conduit par la maison mère parisienne, qui a également quitté le Congo, le Tchad, la Mauritanie, la Guinée équatoriale, le Burkina Faso ou encore la Tunisie. Au Cameroun, deuxième économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), la reprise a été portée par un tour de table associant capitaux locaux et régionaux. L’ex-SGC pesait, avant la transaction, parmi les cinq premières banques du pays par le total de bilan.

Une transition qui peine à trouver sa cadence

Sur le papier, la reprise devait garantir une continuité opérationnelle et préserver le portefeuille clients, particulièrement exposé sur les grands corporates et la clientèle patrimoniale. Dans les faits, la période intérimaire s’étire. La désignation d’un dirigeant définitif, agréé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), reste suspendue à des arbitrages qui dépassent la seule gouvernance interne. Le régulateur régional, gardien de l’orthodoxie prudentielle dans la zone CEMAC, examine avec attention les profils proposés.

Cette vacance prolongée n’est pas neutre. Elle nourrit les inquiétudes des équipes, alimente le turnover des cadres intermédiaires et pèse sur la relation commerciale avec des clients grands comptes attachés à la stabilité de leur interlocuteur. Plusieurs signatures d’envergure, notamment dans l’énergie et l’agro-industrie, surveillent de près la trajectoire de l’établissement, dont elles dépendent pour le financement de leur cycle d’exploitation.

Actionnaires, régulateur et cadres historiques

Trois forces se disputent l’influence sur le processus. Les nouveaux actionnaires entendent imprimer leur marque et sécuriser leur investissement en installant un exécutif aligné sur leur feuille de route. La COBAC, elle, veille à la solidité des ratios et à la conformité des candidatures, ligne rouge qu’aucun repreneur ne peut ignorer dans un environnement bancaire régional marqué par plusieurs mises sous administration ces dernières années. Enfin, une partie de l’encadrement issu de l’ère Société Générale défend une forme de continuité managériale, arguant de la connaissance fine du portefeuille de risque.

Le débat déborde du seul organigramme. Il touche à la stratégie même de l’établissement : faut-il privilégier une banque universelle continuant d’irriguer le grand corporate, ou pivoter davantage vers la clientèle des petites et moyennes entreprises et le financement des chaînes de valeur locales ? Les nouveaux propriétaires ont laissé entendre qu’ils souhaitaient renforcer l’ancrage domestique, sans pour autant renoncer aux positions historiques sur les multinationales installées à Douala.

Un test pour la place bancaire camerounaise

Au-delà du cas particulier, la séquence en cours constitue un test grandeur nature pour la place bancaire camerounaise. Le retrait des banques françaises et, plus largement, la reconfiguration des acteurs européens en Afrique centrale, offrent une fenêtre historique aux investisseurs régionaux. Encore faut-il démontrer une capacité à absorber ces reprises sans dégrader la qualité du service, la robustesse des systèmes d’information et la discipline de risque héritée des maisons mères.

Le dossier de l’ex-SGC servira de référence pour les transactions à venir dans la sous-région, où d’autres actifs bancaires demeurent en cours de cession ou d’intégration. La capacité des repreneurs à trancher rapidement, en bonne intelligence avec la COBAC, sera scrutée par les bailleurs multilatéraux et les investisseurs qui suivent la trajectoire du secteur financier de la CEMAC. Reste à savoir si les prochaines semaines apporteront la clarification attendue par le marché camerounais. Selon Financial Afrik, les tractations demeurent particulièrement intenses au sommet de l’établissement.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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