Gaz et hydrogène : Alger et Berlin resserrent leur partenariat énergétique

A caution sign for gas pipeline amidst a field of blooming lavender with cloudy skies.Photo : Joshua Brown / Pexels

Le partenariat énergétique entre l’Algérie et l’Allemagne franchit une nouvelle étape. Alger et Berlin accélèrent leurs échanges sur le gaz naturel et l’hydrogène décarboné, dans une logique de sécurisation mutuelle des approvisionnements et de montée en puissance d’une filière bas-carbone à vocation exportatrice. Les discussions bilatérales traduisent une convergence d’intérêts stratégiques : garantir à l’industrie allemande un accès pérenne à des molécules fiables, et offrir à l’Algérie un débouché premium pour ses hydrocarbures comme pour sa future production d’hydrogène.

Le gaz algérien, pivot de la sécurité énergétique allemande

Depuis la contraction brutale des flux russes vers l’Union européenne, Berlin a entrepris une diversification accélérée de ses sources d’approvisionnement. L’Allemagne, longtemps dépendante du gaz acheminé par les gazoducs Nord Stream, a dû réorganiser sa chaîne logistique autour du gaz naturel liquéfié et de nouveaux fournisseurs méditerranéens. Dans cette équation, l’Algérie dispose d’atouts rares : des réserves prouvées importantes, des infrastructures d’export matures et une proximité géographique qui réduit les coûts de transport.

Sonatrach, bras armé de l’État algérien dans les hydrocarbures, est au cœur de ce rapprochement. L’entreprise publique continue d’honorer ses contrats européens tout en négociant des volumes additionnels avec plusieurs capitales du continent. Pour Berlin, sécuriser une relation durable avec Alger, c’est aussi se prémunir contre la volatilité des marchés spot et stabiliser ses coûts industriels. L’enjeu est particulièrement sensible pour la chimie et la sidérurgie allemandes, grandes consommatrices de gaz, dont la compétitivité internationale s’est érodée depuis 2022.

L’hydrogène décarboné, nouvelle frontière industrielle

Au-delà des molécules fossiles, l’axe Alger-Berlin se structure autour d’un pari technologique : faire de l’Algérie l’un des grands exportateurs méditerranéens d’hydrogène vert et bleu à destination du marché européen. Le pays combine deux ressources déterminantes pour cette filière, un gisement solaire parmi les plus intenses au monde et de vastes espaces désertiques peu valorisés. Ces atouts naturels, couplés à l’expertise gazière de Sonatrach, dessinent un modèle d’intégration verticale allant de la production d’électrons renouvelables à l’exportation de molécules décarbonées.

L’Allemagne, pour sa part, a inscrit l’hydrogène au cœur de sa stratégie climatique et industrielle. Sa feuille de route prévoit des importations massives à l’horizon 2030 pour alimenter la sidérurgie, la chimie lourde et la mobilité longue distance. Faute de pouvoir produire localement les volumes requis, Berlin multiplie les partenariats avec des pays à fort potentiel solaire ou éolien, du Golfe à l’Afrique du Nord. Alger figure dans le peloton de tête de ces fournisseurs potentiels, aux côtés de pays comme le Maroc, l’Égypte ou les Émirats arabes unis.

Un corridor méditerranéen à construire

La concrétisation de cette ambition passe par des infrastructures physiques encore à bâtir. Le transport d’hydrogène sur longue distance suppose soit la conversion en ammoniac, soit l’utilisation de gazoducs reconfigurés capables d’acheminer la molécule dans de bonnes conditions. Plusieurs projets de corridors sud-nord sont à l’étude, qui connecteraient l’Afrique du Nord aux hubs industriels d’Europe centrale via l’Italie et l’Autriche. L’implication allemande dans ces schémas serait un facteur déterminant pour leur viabilité financière.

Reste la question du cadre contractuel et des mécanismes de prix. L’hydrogène vert demeure plus coûteux que ses équivalents fossiles, et son déploiement commercial dépend d’un soutien public coordonné des deux côtés de la Méditerranée. Berlin a déjà mis sur la table des instruments de garantie et de subvention destinés à amorcer la demande, mais l’articulation avec les producteurs algériens reste à finaliser. La convergence réglementaire européenne, notamment sur la certification de l’hydrogène dit renouvelable, pèsera lourd dans la bancabilité des projets.

Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse la simple diversification de son portefeuille d’exportations. Il s’agit de préparer l’après-pétrole en bâtissant une industrie verte orientée vers un client solvable et exigeant. Le dialogue avec l’Allemagne offre à Alger un partenaire technologique de premier rang et un marché cible aux volumes substantiels. Selon El Watan, les deux capitales entendent accélérer la mise en œuvre opérationnelle de ces chantiers dans les prochains mois.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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