Attijariwafa Bank s’empare de Société Générale Ghana

A scenic aerial shot of Tema cityscape in Ghana showcasing buildings and greenery.Photo : Kweku Pozybhle Directs / Pexels

Attijariwafa Bank poursuit son expansion continentale avec un dossier à forte portée symbolique : la reprise de Société Générale Ghana, filiale locale du groupe français en voie de cession. L’opération, dont les contours financiers n’ont pas été rendus publics, consacrerait l’implantation du groupe marocain dans la deuxième économie d’Afrique de l’Ouest et son premier véritable ancrage dans l’espace anglophone. Pour une banque jusqu’ici concentrée sur le Maghreb, la zone UEMOA et l’Afrique centrale francophone, le pas est stratégique.

Un virage anglophone pour la première banque marocaine

Présent dans plus d’une vingtaine de pays africains à travers sa filiale panafricaine, le groupe dirigé par Mohamed El Kettani cherche depuis plusieurs années à franchir la frontière linguistique qui le sépare des grands marchés anglophones. Les tentatives passées, notamment du côté du Nigeria et du Kenya, n’avaient pas abouti. Le Ghana offre une porte d’entrée crédible : économie dollarisée pour une large part, place financière structurée autour d’Accra, régulation bancaire reconnue comme l’une des plus rigoureuses de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

L’intérêt stratégique dépasse la seule géographie. Le Ghana sert de plateforme vers le Liberia, la Sierra Leone, voire le Nigeria, et constitue un laboratoire pour les banques qui ambitionnent de servir les corridors commerciaux de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont le secrétariat siège précisément à Accra. En plantant son fanion sur ce marché, Attijariwafa Bank s’offre une vitrine panafricaine et un accès direct aux flux intra-africains libellés en devises fortes.

Société Générale accélère son désengagement africain

Du côté vendeur, la cession s’inscrit dans un mouvement de repli méthodique. Depuis 2023, Société Générale a successivement cédé ses filiales du Congo, de la Guinée équatoriale, de la Mauritanie, du Tchad, du Burkina Faso, du Cameroun et de Madagascar, dans le cadre du plan de recentrage porté par Slawomir Krupa. L’opération ghanéenne prolonge cette logique : alléger le bilan, concentrer les capitaux propres sur l’Europe et quelques marchés jugés prioritaires, améliorer la rentabilité du groupe.

Ce désengagement français ouvre un espace que les banques marocaines, nigérianes et sud-africaines occupent méthodiquement. BCP, BMCE Bank of Africa et désormais Attijariwafa Bank se partagent les reprises, souvent au prix de valorisations jugées raisonnables au regard des multiples européens. Reste que la bascule capitalistique n’efface pas les défis opérationnels : intégration des systèmes d’information, rétention des équipes, transition des correspondants bancaires et préservation du portefeuille clients corporate.

Un marché ghanéen en reconstruction

L’arrivée du groupe marocain intervient alors que le système bancaire ghanéen sort d’une période de forte tension. La restructuration de la dette intérieure engagée fin 2022 a lourdement grevé les fonds propres des banques locales, contraignant certains établissements à des recapitalisations douloureuses. Le programme conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) en 2023, assorti d’une facilité élargie de crédit de 3 milliards de dollars, a progressivement rétabli la stabilité macroéconomique. L’inflation reflue, le cedi retrouve une relative tenue et les marges d’intermédiation redeviennent attractives.

Dans ce contexte, acquérir une filiale déjà rodée au marché local présente plusieurs avantages pour l’acquéreur. L’enseigne Société Générale conserve une base de clientèle entreprises solide, un réseau d’agences implanté à Accra, Kumasi et Takoradi, et une expertise reconnue dans le financement du commerce extérieur. Pour Attijariwafa Bank, l’enjeu sera de capitaliser sur ces actifs tout en déployant son modèle de banque universelle, qui a fait ses preuves dans l’espace francophone.

L’opération reste suspendue à l’approbation de la Banque du Ghana et des autorités marocaines de régulation. Son bouclage, attendu dans les prochains mois, redessinerait durablement la cartographie bancaire ouest-africaine et confirmerait le basculement d’une influence historiquement française vers un leadership continental à dominante marocaine et nigériane. Selon Financial Afrik.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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