Les négociations sur Gaza entrent dans une zone de turbulences. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, Israël aurait renoué avec une pratique déjà documentée lors des précédentes phases du conflit : viser directement les proches des cadres palestiniens engagés dans les pourparlers indirects. Le journal y voit une manœuvre délibérée destinée à peser sur la marge de manœuvre du Hamas et à reconfigurer le rapport de force autour de la table des médiations menées au Caire et à Doha.
Une pression ciblée sur les négociateurs du Hamas
D’après la lecture proposée par Al Akhbar, le ciblage des familles relève moins du dommage collatéral que d’un message politique adressé à la délégation du mouvement islamiste. En frappant l’entourage immédiat des interlocuteurs, le gouvernement de Benyamin Netanyahou chercherait à imposer un coût personnel à ceux qui conduisent les discussions, dans l’espoir d’obtenir des concessions sur le dossier des otages, le calendrier d’un éventuel cessez-le-feu et le redéploiement militaire dans l’enclave.
Cette approche n’est pas inédite. Plusieurs responsables du Hamas, dont Ismaïl Haniyeh avant son élimination à Téhéran en juillet 2024, avaient déjà perdu des proches lors de bombardements sur Gaza pendant les phases précédentes de négociation. Le retour de cette méthode, souligne le quotidien beyrouthin, intervient à un moment où les médiateurs égyptien, qatari et américain peinaient à consolider les acquis fragiles obtenus ces derniers mois.
Un effet d’asphyxie sur les médiations régionales
L’enjeu dépasse le seul face-à-face entre Israël et le Hamas. Le Caire et Doha, qui hébergent l’essentiel des canaux de discussion depuis octobre 2023, voient leur capacité d’influence directement mise à l’épreuve. Lorsque la sécurité physique des interlocuteurs et de leurs familles n’est plus garantie, la mécanique même de la médiation s’enraye. Les délégations hésitent à se déplacer, les communications se font plus prudentes, et les compromis envisageables se rétrécissent.
Pour Washington, dont l’administration tente de capitaliser sur l’élan diplomatique impulsé depuis le début de l’année, la reprise de ces frappes complique l’équation. Les émissaires américains avaient présenté le retour à un dialogue structuré comme une condition préalable à toute reconstruction de Gaza et à toute relance d’un horizon politique. La perception, à Beyrouth comme dans plusieurs capitales arabes, est que la stratégie israélienne vise précisément à empêcher l’émergence d’un cadre négocié pérenne.
Un calcul politique intérieur israélien
Al Akhbar replace ce durcissement dans la configuration politique propre au cabinet israélien. Sous la pression de ses partenaires d’extrême droite, le Premier ministre dispose d’une marge réduite pour valider tout accord perçu comme une concession au Hamas. Le ciblage des familles offrirait alors un double dividende intérieur : démonstration de fermeté à destination de l’opinion et de la coalition, et bras de levier supplémentaire sur la délégation adverse.
Reste que cette logique comporte un risque stratégique majeur. En érodant la confiance des médiateurs et en humiliant publiquement les négociateurs palestiniens, Israël s’expose à un blocage prolongé des discussions. Les précédents montrent que chaque épisode de ciblage a été suivi d’une suspension temporaire des contacts, parfois de plusieurs semaines, avec un coût humain accru pour la population gazaouie et pour les otages encore détenus.
Sur le plan régional, la séquence intervient alors que la diplomatie arabe tente de recoudre un front commun autour d’une feuille de route post-conflit. L’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Jordanie ont multiplié les concertations ces derniers mois pour préparer une phase de transition à Gaza. Le climat décrit par Al Akhbar fragilise cet édifice naissant et renforce les voix, notamment au sein de l’axe pro-iranien, qui contestent l’utilité même d’un processus négocié avec le gouvernement actuel à Tel-Aviv.
Au-delà de la séquence immédiate, le retour de cette pratique signale une bascule qualitative. Les pourparlers ne se jouent plus seulement sur le contenu, mais sur la capacité physique des parties à y participer. Selon Al Akhbar, c’est précisément là que se situe désormais l’épicentre de la bataille diplomatique autour de Gaza.
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