Gaza : les bâtiments fragilisés menacent de s’effondrer sur les habitants

A woman in traditional attire washes clothes among the rubble in Gaza, depicting resilience.Photo : Hosny salah / Pexels

Dans la bande de Gaza, le silence des armes n’a pas mis fin au comptage des victimes. Sept mois après le cessez-le-feu, aucune opération de reconstruction d’envergure n’a été lancée dans l’enclave palestinienne, et les bâtiments encore debout, fissurés par des mois de bombardements, deviennent des pièges mortels pour une population privée d’alternative. Vingt-cinq personnes ont déjà perdu la vie dans des effondrements survenus depuis l’arrêt des combats, selon les données relayées par les organisations humanitaires présentes sur le terrain.

Cinquante millions de tonnes de gravats, un chantier hors d’échelle

L’évaluation produite par l’Organisation des Nations unies (ONU) donne la mesure du désastre matériel. Les bombardements israéliens conduits durant la guerre déclenchée à l’automne 2023 ont laissé derrière eux environ cinquante millions de tonnes de débris, un volume sans précédent dans l’histoire récente du pourtour méditerranéen. Le déblaiement de ces ruines, préalable indispensable à toute relance économique ou résidentielle, exigerait des moyens logistiques colossaux et un accès durable des engins lourds au territoire.

Or, les autorités gazaouies et les agences onusiennes peinent à mobiliser ces moyens. Le passage des matériels de chantier dépend des points de contrôle israéliens, et les explosifs non détonés disséminés dans les amas de béton compliquent encore l’opération. Plusieurs experts internationaux estiment qu’au rythme actuel, le seul retrait des décombres pourrait s’étaler sur plus d’une décennie, sans même évoquer la phase de reconstruction proprement dite.

Des immeubles fantômes habités faute de mieux

Faute de logements disponibles, des dizaines de milliers de familles palestiniennes se sont réinstallées dans des bâtiments dont la structure porteuse a été altérée par les frappes. Murs lézardés, dalles affaissées, escaliers descellés : ces habitations présentent des pathologies que tout ingénieur en bâtiment qualifierait d’éliminatoires. Pourtant, dans une enclave où l’habitat informel sous tente reste exposé aux intempéries et aux maladies, ces ruines verticales offrent encore un toit.

Les drames se succèdent sans véritable mécanisme de prévention. Un pan de façade qui cède pendant la nuit, un plancher qui s’effondre sous le poids du mobilier réinstallé, un escalier qui s’écroule au passage d’un enfant : les vingt-cinq décès recensés ne traduisent qu’une partie d’une réalité plus diffuse, faite de blessés et d’évacuations en urgence dans un système hospitalier déjà exsangue. Aucune cellule technique indépendante n’est aujourd’hui en mesure d’évaluer systématiquement la solidité du bâti résiduel.

L’absence de plan de reconstruction, un enjeu régional

Le blocage politique nourrit l’enlisement humanitaire. Aucun cadre de financement international n’a été formellement adopté pour orchestrer la remise en état du territoire, malgré les conférences successives organisées au Caire et à Riyad. Les bailleurs du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, conditionnent leur engagement à des garanties de gouvernance que les parties israélienne et palestinienne n’ont pas réussi à formaliser.

Cette indécision pèse sur l’ensemble du Levant. L’Égypte, qui contrôle le terminal de Rafah, redoute un nouvel afflux de déplacés en cas d’effondrements de masse. La Jordanie et le Liban, déjà fragilisés par la pression migratoire syrienne, observent avec inquiétude la perspective d’une crise humanitaire prolongée à leurs portes. Pour les chancelleries européennes, l’enjeu est aussi diplomatique : la lenteur de la reconstruction alimente le sentiment d’abandon dans le monde arabe et complique la normalisation engagée avec plusieurs capitales du Golfe.

Sur le terrain, les organisations non gouvernementales tentent de pallier le vide institutionnel. Quelques équipes de génie civil documentent les bâtiments les plus dangereux, marquent les façades à risque, distribuent des consignes d’évacuation. Mais sans matériaux de construction, sans ciment ni acier acheminés en quantité, ces interventions relèvent du soin palliatif. La saison hivernale, avec ses pluies et ses vents, accentue mécaniquement la dégradation des structures fragilisées.

Tant que la reconstruction de Gaza demeurera suspendue à un règlement politique introuvable, l’enclave continuera de payer un tribut humain à ses propres ruines. Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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