Ghalibaf met en garde Trump sur un baril à 140 dollars

Pile of old, rusty oil barrels stacked outdoors with visible labels and numbers.Photo : Waldemar Brandt / Pexels

L’avertissement est venu de la plus haute marche du Parlement iranien. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Majlis, a prévenu Donald Trump qu’une nouvelle escalade dans la confrontation entre Téhéran et Washington pourrait propulser le prix du baril de pétrole jusqu’à 140 dollars. La mise en garde, relayée par la presse libanaise proche de l’axe iranien, intervient alors que les marchés énergétiques surveillent avec nervosité l’évolution du dossier nucléaire et des tensions militaires dans le Golfe.

Une menace calibrée sur le marché pétrolier mondial

En agitant le seuil symbolique des 140 dollars, Ghalibaf renvoie aux pics historiques observés lors des grandes crises géopolitiques, notamment en 2008 puis lors des soubresauts de 2022. Le message est limpide : toute pression supplémentaire de l’administration américaine sur la République islamique aurait un coût immédiat pour les consommateurs occidentaux et pour l’équilibre fragile de l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième des approvisionnements mondiaux en hydrocarbures, demeure le principal levier de cette diplomatie de la pression.

La déclaration s’inscrit dans une séquence de communication offensive de Téhéran. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’Iran multiplie les signaux mêlant ouverture conditionnelle au dialogue et démonstrations de fermeté. Ghalibaf, ancien commandant des Gardiens de la révolution et figure montante du camp conservateur, occupe une position centrale dans cette grammaire : il parle au nom du Parlement, mais ses propos sont lus comme un relais des arbitrages du Guide suprême Ali Khamenei.

Le pétrole, arme diplomatique récurrente de Téhéran

L’instrumentalisation du marché énergétique n’a rien d’inédit dans la stratégie iranienne. Depuis le retrait américain de l’accord de Vienne en 2018, Téhéran a régulièrement brandi la menace d’une perturbation des flux dans le Golfe pour peser sur les calculs occidentaux. La récente séquence de frappes croisées avec Israël, et l’engagement plus ou moins direct de Washington dans la défense de son allié, ont rappelé combien la prime de risque géopolitique pèse sur le baril.

Concrètement, un passage durable au-dessus de 100 dollars aurait des effets en chaîne. Pour les économies du Moyen-Orient producteur, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis en tête, la manne serait considérable mais s’accompagnerait d’un risque sécuritaire accru. Pour l’Europe, encore convalescente après le choc énergétique de 2022, la facture des importations s’alourdirait au moment où plusieurs gouvernements peinent déjà à contenir le déficit public. Pour les pays africains importateurs nets, du Sénégal au Maroc en passant par la Côte d’Ivoire, la perspective d’un baril à 140 dollars relancerait des tensions inflationnistes à peine apaisées.

Trump face à l’équation énergétique

Le message de Ghalibaf vise un point sensible de la doctrine économique de Donald Trump. Le président américain a fait de la baisse des prix de l’essence à la pompe l’un de ses marqueurs politiques, multipliant les pressions sur l’OPEP+ pour augmenter les volumes mis sur le marché. Une flambée provoquée par une crise iranienne contredirait frontalement cet objectif et fragiliserait la promesse de pouvoir d’achat adressée à l’électorat républicain.

Reste que la marge de manœuvre de Téhéran n’est pas illimitée. Les sanctions américaines maintenues sur les exportations iraniennes, la dépendance accrue à la Chine comme acheteur de dernier ressort et l’érosion des réserves de change limitent la capacité du régime à soutenir un affrontement prolongé. Plusieurs analystes soulignent que la rhétorique du baril à 140 dollars relève autant de la dissuasion que d’un signal envoyé aux capitales européennes pour les inciter à modérer Washington.

Dans le même temps, la scène intérieure iranienne pèse lourdement. La contestation sociale latente, l’inflation à deux chiffres et les coupures d’électricité récurrentes fragilisent le pouvoir, qui cherche à reconstituer un récit de fermeté nationale. La sortie de Ghalibaf, par sa tonalité martiale, s’adresse aussi à cette opinion intérieure. Selon Al Akhbar, le président du Parlement entend ainsi rappeler que toute aventure militaire contre l’Iran se paierait d’abord sur les marchés mondiaux.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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