La deuxième phase de l’accord sur Gaza traverse une zone de turbulences. Selon les éléments rapportés par la presse libanaise proche du dossier, un mémorandum exécutif modifié a été soumis aux parties par les médiateurs, sans dissiper la méfiance affichée par la résistance palestinienne à l’égard du gouvernement israélien. Les factions, Hamas en tête, estiment que l’amendement déplace les lignes rouges sans offrir de garanties contraignantes sur l’arrêt définitif des hostilités ni sur le calendrier de retrait des forces israéliennes de l’enclave.
Un mémorandum exécutif amendé sous suspicion
Le texte révisé, présenté comme une tentative de débloquer les pourparlers, ajusterait certaines séquences de la phase deux : libération échelonnée de prisonniers, redéploiement militaire, ouverture des points de passage et acheminement de l’aide humanitaire. La résistance palestinienne reproche toutefois aux rédacteurs d’avoir intégré des demandes israéliennes de dernière minute, jugées incompatibles avec l’esprit de l’entente initiale. Cette perception nourrit le soupçon d’un glissement progressif vers un cadre asymétrique, où Tel-Aviv conserverait la latitude de reprendre les opérations militaires sous prétexte sécuritaire.
Les négociateurs du Hamas estiment que les amendements proposés ouvrent une marge d’interprétation trop large sur le retrait des troupes du corridor de Philadelphie et de l’axe de Netzarim. Le mouvement réclame un engagement écrit, contresigné par les médiateurs, fixant des échéances précises. À défaut, la deuxième phase risque de s’enliser dans une zone grise où la trêve subsiste sans transition vers une cessation durable des combats.
Les points de friction entre Hamas et gouvernement israélien
Trois dossiers concentrent l’essentiel des désaccords. Le premier concerne la liste des prisonniers palestiniens à libérer : les autorités israéliennes refuseraient de relâcher certains détenus condamnés pour des opérations à fort retentissement, tandis que le Hamas en fait un préalable politique. Le deuxième porte sur le retour des habitants déplacés vers le nord de la bande de Gaza, freiné par des contrôles renforcés. Le troisième touche à la reconstruction, dont le financement et la séquence demeurent flous, faute d’accord sur le rôle de l’Autorité palestinienne et des bailleurs régionaux.
Du côté israélien, le cabinet de sécurité multiplie les déclarations contradictoires. Une partie de la coalition, portée par les composantes de la droite radicale, plaide pour une reprise des opérations à l’issue de la première phase, jugeant que l’objectif d’élimination du Hamas n’est pas atteint. Cette ligne pèse sur la marge de manœuvre du Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui doit composer avec la pression des familles de captifs et celle de Washington pour préserver le cessez-le-feu.
Médiateurs régionaux et calendrier diplomatique
Le Qatar et l’Égypte, relayés par la diplomatie américaine, tentent de stabiliser le processus. Doha continue d’héberger les délégations, tandis que Le Caire active ses canaux sécuritaires pour garantir le suivi sur le terrain. La nouvelle administration américaine, par la voix de ses émissaires, pousse à un atterrissage rapide afin de capitaliser sur le retour partiel des otages et d’éviter une rechute militaire qui fragiliserait sa diplomatie régionale, notamment le volet de normalisation avec Riyad.
Reste que la défiance n’épargne pas les médiateurs eux-mêmes. Plusieurs responsables palestiniens reprochent au format actuel de privilégier la gestion des urgences humanitaires au détriment des garanties politiques. Concrètement, l’absence d’un mécanisme de sanction en cas de violation de la trêve laisse la porte ouverte à des coups de force unilatéraux, dont l’enclave a déjà fait l’expérience lors des précédentes séquences.
Sur le terrain, la précarité humanitaire reste extrême. Les flux d’aide demeurent en deçà des besoins recensés par les agences onusiennes, et les infrastructures essentielles, hôpitaux, réseaux d’eau et boulangeries, peinent à fonctionner. Cette réalité matérielle alimente la pression sur les négociateurs, mais elle nourrit aussi le scepticisme des factions, qui redoutent que l’urgence humanitaire serve de levier pour imposer un compromis défavorable. Selon Al Akhbar, la résistance palestinienne maintient ses réserves sur le mémorandum amendé tant que les engagements israéliens ne seront pas explicitement consolidés.
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