Ghana : 1,47 milliard de dollars remboursés au secteur énergétique

Aerial photograph showcasing a power station surrounded by lush green forest and river.Photo : Andy Coffie / Pexels

Le secteur énergétique du Ghana renoue avec un semblant de stabilité financière. Accra a soldé une ardoise de 1,47 milliard de dollars auprès de ses fournisseurs d’électricité, un versement qui débloque une chaîne de créances asphyxiant les producteurs indépendants depuis plusieurs exercices. L’annonce, confirmée par les autorités ghanéennes, marque une inflexion notable dans la gestion de la dette du sous-secteur électrique, considéré comme l’un des principaux facteurs de vulnérabilité macroéconomique du pays.

Un apurement stratégique pour la filière électrique ghanéenne

La dette accumulée par les entités publiques du secteur énergétique ghanéen envers les producteurs indépendants d’électricité (IPP) et les fournisseurs de combustibles pesait lourdement sur la trésorerie de l’ensemble de la chaîne. En procédant à ce remboursement de 1,47 milliard de dollars, l’exécutif entend restaurer la confiance d’opérateurs privés dont plusieurs avaient menacé de suspendre leurs livraisons faute de paiement. La mesure vise également à préserver la note de risque du secteur, régulièrement pointée par les partenaires financiers internationaux comme un point de fragilité de l’économie ghanéenne.

Concrètement, les fonds débloqués permettent aux producteurs d’honorer leurs propres engagements auprès des banques créancières, des fournisseurs de gaz et des sous-traitants techniques. Cette circulation retrouvée de liquidités doit se traduire, dans les prochains mois, par une amélioration de la disponibilité des centrales et par une réduction des délestages qui affectent périodiquement Accra et les grandes zones industrielles du sud du pays. La filière ghanéenne s’appuie sur un mix combinant thermique au gaz, hydroélectricité et, plus marginalement, énergies renouvelables.

Un signal envoyé aux investisseurs et aux bailleurs

Au-delà de la mécanique comptable, ce paiement revêt une portée politique. Le Ghana négocie depuis plusieurs mois la restructuration d’une partie de son endettement extérieur dans le cadre d’un programme appuyé par le Fonds monétaire international. La capacité de l’État à honorer ses obligations vis-à-vis des acteurs privés du secteur énergétique constitue, à ce titre, un indicateur scruté par les créanciers multilatéraux comme par les investisseurs institutionnels intéressés par les infrastructures ouest-africaines.

Les producteurs indépendants opérant au Ghana, parmi lesquels figurent des filiales de groupes internationaux, avaient à plusieurs reprises alerté sur l’insoutenabilité du modèle de paiement en vigueur. Certains contrats prévoient des clauses take-or-pay, obligeant l’acheteur public à régler des capacités mises à disposition, indépendamment de la consommation effective. Ce mécanisme, conjugué à des pertes techniques et commerciales élevées dans la distribution, avait creusé un déficit structurel que les autorités s’efforcent désormais de résorber.

Les défis structurels persistent malgré l’accalmie

Reste que ce remboursement, aussi substantiel soit-il, n’épuise pas les difficultés du secteur. Le stock global de dette énergétique demeure élevé et les réformes tarifaires engagées par la Public Utilities Regulatory Commission (PURC) suscitent des débats récurrents sur le pouvoir d’achat des ménages ghanéens. La révision périodique des tarifs de l’électricité, indispensable pour équilibrer les comptes des opérateurs, se heurte à une acceptabilité sociale limitée dans un contexte inflationniste.

Par ailleurs, la question de la gouvernance de la Electricity Company of Ghana (ECG), principal distributeur du pays, continue d’alimenter les discussions sur l’ouverture du capital ou la concession partielle de la distribution. Les autorités ghanéennes ont plusieurs fois évoqué des schémas de partenariat public-privé pour améliorer le recouvrement, sans qu’un modèle consensuel n’ait encore été arrêté. La question de la digitalisation du comptage et de la lutte contre les branchements illégaux figure également parmi les chantiers prioritaires.

Dans le même temps, le Ghana cherche à consolider sa position de hub énergétique régional, avec des perspectives d’exportation d’électricité vers ses voisins de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). L’assainissement financier du secteur constitue un préalable à cette ambition, tout comme à la mobilisation de nouveaux capitaux privés dans le solaire et l’éolien. Le remboursement de 1,47 milliard de dollars apparaît, à cet égard, comme une première pierre plutôt que comme un aboutissement. Selon Financial Afrik.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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