Cameroun : la Socadel veut lever 150 milliards FCFA pour refinancer sa dette

A striking view of an electrical tower silhouetted against a vibrant sunset in Mila, Algeria.Photo : Noureddine Belfethi / Pexels

Le gouvernement camerounais cherche à desserrer l’étau financier qui asphyxie la Société camerounaise d’électricité (Socadel), héritière d’Eneo passée sous contrôle public. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie envisage de mobiliser au moins 150 milliards FCFA auprès d’un pool de banques locales pour refinancer une partie de la dette de court terme de l’opérateur. L’opération s’inscrit dans le projet de plan de restructuration 2026-2028 du secteur électrique national. Elle vise à transformer des concours bancaires immédiats en une créance amortissable, structurée sur sept ans, assortie d’une période de grâce pouvant atteindre vingt-quatre mois.

Un reprofilage pour gagner du souffle sur la trésorerie

Les dettes et crédits de trésorerie de la Socadel sont estimés à près de 177 milliards FCFA. Le refinancement bancaire proposé en couvrirait l’essentiel, allégeant mécaniquement la charge mensuelle de remboursement. Selon les projections ministérielles, l’économie attendue atteindrait 2,5 milliards FCFA sur le principal et 200 millions FCFA sur les intérêts. Ce reprofilage doit aussi rouvrir à l’entreprise un accès au financement de moyen et long terme, aujourd’hui fermé en raison de son profil de risque.

Reste que l’opération ne traite qu’une fraction d’un endettement bien plus large. Le même document chiffre la dette globale de l’ex-Eneo à environ 850 milliards FCFA. La part due aux fournisseurs s’élevait à 639,6 milliards FCFA au 30 novembre 2025, dont 320 milliards FCFA envers des entités publiques telles que la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel), Electricity Development Corporation (EDC), la Sonara, l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) et le Fonds de développement du secteur de l’électricité (FDSE). L’État envisage de reprendre une partie de ce passif via un mécanisme de compensation de dettes croisées, en contrepartie de créances validées sur des entités publiques clientes de la Socadel.

Un déficit mensuel de 13 milliards FCFA

La photographie financière dressée par le ministère illustre l’ampleur du déséquilibre. La Socadel encaisse en moyenne 31 milliards FCFA par mois, pour des dépenses décaissables évaluées à 44 milliards FCFA. Soit un trou de trésorerie mensuel de 13 milliards FCFA, qui fragilise le paiement des fournisseurs, la maintenance du réseau et la confiance des bailleurs. Plusieurs facteurs nourrissent ce gouffre : recours systématique au crédit de trésorerie pour financer des investissements de long terme, gel des tarifs basse tension depuis 2012, faiblesse des encaissements auprès des administrations comme des particuliers, et niveau élevé de pertes sur le réseau de distribution.

Les indicateurs opérationnels confirment la difficulté du redressement. À fin 2025, les pertes techniques et commerciales sont projetées à 29 %, tandis que le taux global de recouvrement plafonne à 77,5 %. Aucun de ces ratios ne permet de restaurer durablement la rentabilité d’un distributeur d’électricité confronté à des charges d’exploitation rigides et à des obligations d’achat envers les producteurs indépendants.

Le refinancement, un levier parmi d’autres

Pour Yaoundé, le tour de table bancaire constitue une première étape, non une solution complète. Le plan de restructuration prévoit en parallèle des ajustements tarifaires ciblés, un meilleur paiement des factures par les administrations, le renforcement de la lutte contre la fraude, le basculement progressif des abonnés vers le compteur prépayé et la compression de certains coûts d’exploitation. La trajectoire fixée par le ministère de l’Eau et de l’Énergie vise à résorber l’essentiel du déficit mensuel de trésorerie à l’horizon 2027.

L’équation reste périlleuse. Les banques camerounaises sollicitées devront évaluer la soutenabilité d’une exposition concentrée sur un acteur structurellement déficitaire, dans un secteur où les ajustements tarifaires demeurent politiquement sensibles. La réussite du refinancement dépendra aussi de la capacité de l’État à honorer ses propres factures d’électricité et à crédibiliser le mécanisme de compensation envisagé. Sans réforme tarifaire et sans amélioration du recouvrement, l’opération risque de ne déplacer le problème que de quelques exercices. Selon Investir au Cameroun, le ministère reconnaît lui-même que le refinancement bancaire ne suffira pas, à lui seul, à corriger les fragilités structurelles d’un secteur électrique sous tension.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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