Guinée : à cinq jours des législatives, le boycott gagne du terrain

Peaceful road lined with palm trees in Malabo, Equatorial Guinea.Photo : Media Lens King / Pexels

Les élections législatives et communales prévues le dimanche 31 mai en Guinée doivent permettre de pourvoir 147 sièges de députés et 342 mairies. À l’approche du double scrutin, le climat politique reste lourd. La Direction générale des élections (DGE) a annoncé la réception d’une partie du matériel électoral dès le lundi précédent le vote, et promis une publication rapide des résultats. Mais l’organisation logistique ne suffit pas à dissiper les fractures qui traversent la classe politique et la société civile guinéennes.

Un front de la société civile appelle au boycott

Plusieurs organisations citoyennes ont décidé de tourner le dos aux urnes. Réunies en un front commun, elles dénoncent un processus qu’elles jugent verrouillé par les autorités de la transition dirigées par le général Mamadi Doumbouya, au pouvoir depuis le coup d’État de septembre 2021. Pour ces structures, le calendrier imposé et le cadre institutionnel ne garantissent pas une compétition équitable. L’appel au boycott vise à délégitimer un scrutin perçu comme verrouillé en amont, dans un pays où plusieurs partis historiques ont vu leurs activités suspendues ou leurs dirigeants éloignés du jeu politique.

Cette posture n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une séquence longue de défiance, marquée par l’interdiction de manifestations, des restrictions sur certains médias et la mise à l’écart des principales formations d’opposition. Les organisateurs du boycott misent sur un taux de participation faible pour fragiliser la portée politique du résultat, sans pour autant disposer de relais institutionnels capables d’incarner une alternative immédiate.

L’Église guinéenne plaide pour un débat élargi

Au sein de l’Église catholique, des voix s’élèvent pour réclamer un débat constructif associant toutes les sensibilités du pays. Sans appeler explicitement au boycott, ces prises de position traduisent un malaise face à un processus qui se déroule en l’absence des principales forces politiques traditionnelles. Le message met l’accent sur la nécessité d’un dialogue inclusif, condition d’une sortie de transition apaisée.

L’intervention religieuse n’est pas anodine dans un pays où les institutions confessionnelles conservent une autorité morale forte. Elle vient peser sur le récit officiel d’un retour à l’ordre constitutionnel et rappelle aux autorités que la légitimité d’un scrutin ne se mesure pas seulement à la régularité matérielle de son organisation. Plusieurs personnalités demandent une concertation préalable plus large, condition selon elles d’une réconciliation durable.

Une transition à l’épreuve du vote

Pour la junte au pouvoir, la double échéance du 31 mai constitue un test politique majeur. Après le référendum constitutionnel organisé plus tôt dans le cycle de transition, les législatives et les communales doivent contribuer à réinstaller une architecture institutionnelle élue. La promesse d’une publication rapide des résultats, formulée par la DGE, vise à couper court aux contestations post-électorales et à projeter une image de maîtrise administrative.

Reste que la question de la participation pèsera lourdement sur l’interprétation des résultats. Un taux d’abstention élevé, conjugué à l’absence des grands partis traditionnels, fragiliserait la légitimité des 147 élus et des 342 édiles communaux issus du scrutin. À l’inverse, une mobilisation supérieure aux attentes offrirait aux autorités un argument politique de poids face aux critiques internes et aux partenaires extérieurs, notamment la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), attentive au calendrier de retour à l’ordre constitutionnel.

Concrètement, les jours qui restent avant le vote serviront aussi de baromètre. La capacité des autorités à acheminer le reste du matériel électoral dans les zones reculées, à sécuriser les bureaux et à contenir les tensions sera scrutée de près. Dans le même temps, la stratégie du boycott devra démontrer sa traction réelle au-delà des cercles militants. Selon RFI Afrique, les réactions se multiplient à mesure que l’échéance approche, signe d’une séquence électorale dont l’issue politique demeure plus incertaine que son calendrier.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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