L’affaire qui poursuit la famille Bongo depuis le coup d’État du 30 août 2023 connaît un nouveau rebond. D’après plusieurs titres de la presse gabonaise, Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin viennent d’être inscrits sur la liste des personnes recherchées via une notice rouge d’Interpol. Cette procédure, sollicitée par les autorités gabonaises auprès de l’Organisation internationale de police criminelle, vise à signaler à l’ensemble des 196 pays membres des individus faisant l’objet d’un mandat d’arrêt national, en vue d’une éventuelle extradition.
Une notice rouge qui change la donne pour la défense Bongo
Concrètement, l’inscription sur cette liste ne constitue pas un mandat d’arrêt international à proprement parler, mais elle facilite considérablement le repérage et l’interpellation des personnes ciblées dès lors qu’elles franchissent une frontière. Pour Sylvia Bongo, qui réside actuellement à Londres selon les informations rapportées par ses proches, le moindre déplacement hors du Royaume-Uni devient désormais un calcul à haut risque. Même logique pour Noureddin Bongo, soupçonné par la justice gabonaise d’avoir orchestré, depuis le palais présidentiel, un système de captation de ressources publiques durant les dernières années du règne paternel.
L’avocat de l’ancienne première dame a vivement réagi à cette inscription, dénonçant ce qu’il qualifie de grossière manipulation orchestrée par Libreville. Selon la défense, la procédure relèverait davantage d’une stratégie politique visant à délégitimer durablement l’ancienne famille présidentielle qu’à servir une véritable manifestation de la vérité judiciaire. Cette ligne argumentative s’inscrit dans la continuité des contestations émises depuis l’arrestation puis la libération conditionnelle des intéressés, dans un dossier où s’entremêlent accusations de détournements massifs, de blanchiment et de faux.
Brice Oligui Nguema face à l’enjeu de crédibilité internationale
Pour le pouvoir issu de la transition, désormais incarné par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, élu en avril 2025 à l’issue d’un scrutin qui a entériné sa mainmise sur l’appareil d’État, le dossier Bongo représente bien davantage qu’un simple contentieux judiciaire. Il s’agit d’un marqueur politique. Démontrer la capacité de Libreville à faire répondre l’ancienne famille régnante de ses agissements présumés constitue, aux yeux des nouvelles autorités, un test grandeur nature de la rupture promise aux Gabonais. La sollicitation d’Interpol s’inscrit dans cette logique de signal envoyé à l’opinion intérieure comme aux partenaires extérieurs.
Reste que le recours à la notice rouge demeure un instrument à double tranchant. L’organisation basée à Lyon contrôle théoriquement la conformité des demandes à son statut, lequel prohibe l’usage politique de ses outils en vertu de l’article 3 de sa constitution. Plusieurs dossiers africains des dernières années, notamment ceux concernant des opposants ou anciens dirigeants, ont été retirés après examen par la Commission de contrôle des fichiers d’Interpol. La défense de Sylvia Bongo a déjà annoncé son intention de saisir cette instance pour obtenir une radiation, plaidant le caractère manifestement politique du dossier.
Une bataille judiciaire à dimensions multiples
La séquence intervient alors que les avoirs présumés de la famille Bongo, notamment immobiliers à Paris et Londres, font parallèlement l’objet de procédures distinctes engagées par les autorités gabonaises auprès de juridictions européennes. Libreville cherche à enclencher une coopération judiciaire élargie, ce qui suppose toutefois de convaincre Londres et Paris de la robustesse de son dossier pénal. Sur ce point, plusieurs observateurs des affaires gabonaises soulignent la fragilité de certaines pièces du dossier d’instruction, ainsi que les conditions controversées de l’enquête initiale, marquée par des allégations de mauvais traitements à l’encontre de Noureddin Bongo durant sa détention.
Sur le plan diplomatique, la décision place également la France dans une position délicate. Paris, qui entretient des liens historiques avec la famille Bongo, observe avec attention la trajectoire judiciaire de ses anciens partenaires tout en composant avec la nouvelle équipe au pouvoir à Libreville. Les prochaines semaines devraient indiquer si la notice rouge produit des effets concrets ou demeure un instrument essentiellement symbolique. Selon RFI Afrique, l’avocat de l’ancienne première dame entend contester la procédure par toutes les voies de droit disponibles.
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