Liban : le Hezbollah alerte sur un scénario pire que l’accord du 17 mai

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le Hezbollah a tiré la sonnette d’alarme face à ce qu’il décrit comme une manœuvre visant à imposer au Liban un cadre politique calqué sur l’accord du 17 mai 1983, voire plus contraignant encore. Selon la formation chiite, des canaux diplomatiques actifs autour de Beyrouth chercheraient à transformer la phase ouverte par la guerre de l’automne 2024 en un règlement durable, taillé sur mesure pour les intérêts israéliens et américains. La référence historique n’est pas anodine : l’accord du 17 mai, signé un an après l’invasion israélienne de 1982, avait été dénoncé en 1984 sous la pression populaire et syrienne, faute d’avoir résisté à l’épreuve de la rue libanaise.

Une référence historique chargée de sens politique

Brandir le spectre du 17 mai relève d’une grammaire politique précise. Cet accord, négocié sous l’égide de Washington, prévoyait la normalisation des relations entre Beyrouth et Tel-Aviv ainsi que des arrangements sécuritaires dans le Sud-Liban. Son rejet est devenu, pour plusieurs courants libanais, un acte fondateur de la résistance à l’occupation. En convoquant cette mémoire, le parti dirigé par Naïm Kassem cherche à délégitimer par avance toute formule qui consacrerait un déséquilibre stratégique au profit d’Israël. Le message s’adresse autant aux dirigeants libanais qu’aux capitales occidentales engagées dans le dossier.

Le contexte diffère pourtant nettement de celui des années 1980. Le Hezbollah sort affaibli militairement de la guerre qui l’a opposé à l’armée israélienne entre septembre et novembre 2024, marquée par l’élimination de son secrétaire général Hassan Nasrallah et par la destruction d’une partie significative de son arsenal. Le cessez-le-feu de novembre 2024, encadré par les États-Unis et la France, a imposé un retrait des combattants au nord du Litani et un déploiement renforcé de l’armée libanaise dans la zone frontalière. Les frappes israéliennes se poursuivent néanmoins, ciblant régulièrement des cadres présumés du mouvement.

Pressions diplomatiques et lignes rouges

L’avertissement intervient alors que l’émissaire américain Tom Barrack multiplie les déplacements à Beyrouth pour pousser à un désarmement progressif du Hezbollah et à l’ouverture de négociations indirectes avec Israël sur les points frontaliers contestés. Cinq positions occupées par l’armée israélienne sur le territoire libanais, ainsi que les fermes de Chebaa, demeurent au cœur du contentieux. Pour le parti chiite, toute discussion sur ses capacités militaires sans retrait israélien préalable s’apparenterait à une capitulation déguisée.

La direction du mouvement insiste sur la distinction entre coopération avec l’État libanais, qu’elle dit accepter, et imposition extérieure d’un agenda jugé attentatoire à la souveraineté nationale. Cette ligne place le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, dans une équation délicate. Le Premier ministre, soutenu par une partie de la communauté internationale et par les bailleurs du Golfe, doit composer avec un Hezbollah affaibli mais toujours doté d’un poids parlementaire et populaire substantiel au sein de la communauté chiite.

Un Liban exsangue face à l’arbitrage régional

L’économie libanaise, en effondrement depuis 2019, accentue la vulnérabilité du pays aux pressions extérieures. La reconstruction du sud et de la banlieue sud de Beyrouth est évaluée à plusieurs milliards de dollars, conditionnée par les pays donateurs à des réformes structurelles et, désormais, à des avancées sur le dossier sécuritaire. Riyad, qui a renoué prudemment avec Beyrouth, conditionne son retour financier à un recul de l’influence du Hezbollah. Téhéran, son parrain historique, voit pour sa part dans le maintien du parti un atout régional non négociable, malgré l’affaiblissement de l’axe iranien après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024.

Reste que la fenêtre diplomatique pourrait se refermer rapidement. Israël n’a pas masqué sa volonté de profiter du rapport de force actuel pour obtenir des garanties durables, quitte à recourir à de nouvelles opérations ciblées. Les diplomates occidentaux, conscients du risque d’embrasement, plaident pour un compromis qui éviterait à la fois la reprise des hostilités et un effondrement de l’État libanais. Dans ce paysage mouvant, l’invocation du 17 mai par le Hezbollah fonctionne comme un signal politique : tout règlement perçu comme une dictée extérieure sera contesté, y compris dans la rue. Selon Al Akhbar, le parti entend mobiliser ses relais institutionnels et populaires pour faire échec à toute formule qu’il estimerait contraire aux intérêts vitaux du Liban.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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