Les rapatriements de ressortissants étrangers conduits par le Ghana provoquent une vive réaction de l’Afrique du Sud. Pretoria, par la voix de son ministère des Relations internationales et de la Coopération (Dirco), a dénoncé ce qu’elle qualifie de « spectacles médiatiques » entourant ces opérations, jugées contraires aux usages diplomatiques entre États africains. La controverse intervient alors que plusieurs pays du continent durcissent leurs politiques migratoires et multiplient les opérations coup-de-poing contre les étrangers en situation irrégulière.
Un froid diplomatique entre Pretoria et Accra
La sortie sud-africaine traduit l’agacement croissant des autorités face à la communication entourant les rapatriements ghanéens. Selon Pretoria, la médiatisation des convois, des arrestations et des transferts forcés s’apparente à une mise en scène politique plutôt qu’à une procédure administrative classique. L’argument avancé est double : la dignité des personnes concernées et le respect des canaux bilatéraux qui régissent habituellement ce type d’opérations entre États souverains.
Le ton employé par la diplomatie sud-africaine, inhabituellement direct vis-à-vis d’un partenaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), illustre l’irritation de Pretoria. Le pays revendique de longue date un leadership panafricain et entend défendre la liberté de circulation prônée par l’Union africaine. La référence aux « spectacles médiatiques » vise directement la stratégie de communication des autorités d’Accra, accusées de transformer une question sensible en démonstration de fermeté à usage interne.
Les rapatriements, instrument politique sur le continent
Le contentieux dépasse la simple anecdote diplomatique. Sur l’ensemble du continent, les opérations de rapatriement se multiplient et alimentent des controverses récurrentes. L’Afrique du Sud elle-même n’est pas exempte de critiques : ses propres campagnes contre les migrants originaires du Zimbabwe, du Mozambique ou du Nigeria ont régulièrement été dénoncées par des organisations de défense des droits humains. La posture de Pretoria face à Accra apparaît donc également comme une tentative de recadrage du débat continental sur la question migratoire.
Le Ghana, de son côté, s’inscrit dans une tendance régionale où plusieurs gouvernements ouest-africains affichent une fermeté nouvelle à l’égard des étrangers en situation irrégulière, qu’il s’agisse d’orpailleurs clandestins, de commerçants sans titre ou de réseaux soupçonnés d’activités illégales. La galaxie des opérations baptisées localement contre l’immigration irrégulière mobilise désormais services d’immigration, forces de sécurité et, de plus en plus, médias publics et privés. Cette publicisation est précisément ce que dénonce l’Afrique du Sud.
Un test pour la diplomatie continentale
L’épisode met à l’épreuve les mécanismes de dialogue entre États africains. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en application en 2021, repose sur une promesse de mobilité accrue des biens, des services et, à terme, des personnes. Or, les opérations de rapatriement médiatisées brouillent ce message d’intégration et nourrissent un climat de méfiance dans les opinions publiques. Plusieurs chancelleries observent la passe d’armes avec attention, car elle pourrait créer un précédent dans la manière dont les capitales africaines réagissent aux expulsions de leurs ressortissants.
Concrètement, les services diplomatiques sud-africains plaident pour un traitement bilatéral et discret, conforme aux conventions consulaires en vigueur. Le retour des ressortissants concernés, les conditions de leur prise en charge et la nature des griefs retenus contre eux par les autorités ghanéennes restent à clarifier. À ce stade, aucun bilan chiffré officiel commun n’a été rendu public par les deux pays, ce qui complique l’évaluation de l’ampleur réelle des opérations en cours.
Reste que la controverse révèle une fracture plus large. D’un côté, des gouvernements tentés par une réponse spectaculaire à l’opinion publique, qui exige des résultats visibles sur la sécurité et l’emploi. De l’autre, des États qui rappellent les principes panafricains et plaident pour une coopération sans exposition médiatique. Entre les deux, des milliers de migrants intra-africains, dont le sort dépend désormais autant des arbitrages politiques que des accords formels. Selon Seneweb, Pretoria entend porter ce dossier au plus haut niveau diplomatique pour obtenir un changement de méthode.
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