Le FMI table sur 4,5 % de croissance en 2026 et 2027 au sud du Sahara

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

Les nouvelles projections du Fonds monétaire international (FMI) situent la croissance de l’Afrique au sud du Sahara à 4,5 % en 2026 et 4,5 % en 2027. Cette trajectoire, inscrite dans le rapport régional de l’institution, dépasse la moyenne mondiale attendue sur la même période, mais reste inférieure au seuil de 6 à 7 % que les économistes jugent nécessaire pour absorber l’arrivée annuelle de jeunes actifs sur le marché du travail. Le continent compte environ 1,2 milliard d’habitants au sud du Sahara, dont près de 60 % ont moins de 25 ans.

Une moyenne régionale qui masque trois Afriques

Le taux de 4,5 % projeté par le FMI recouvre des réalités très contrastées. En Afrique de l’Ouest, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) continue d’afficher les rythmes les plus élevés du continent, portée par la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin, dont les croissances se maintiennent au-dessus de 6 % depuis plusieurs exercices. L’entrée en production du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, à la frontière sénégalo-mauritanienne, et la montée en puissance du pétrole offshore sénégalais soutiennent ce dynamisme depuis 2024.

À l’opposé, les économies exportatrices d’hydrocarbures de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) peinent à retrouver un rythme comparable. Le Gabon, le Congo-Brazzaville et la Guinée équatoriale sont contraints par le déclin naturel de leurs gisements, un endettement élevé et une diversification productive encore limitée. L’Angola, premier producteur pétrolier d’Afrique australe, est confronté à la même équation : chaque baril non remplacé pèse sur les recettes publiques et sur la capacité d’investissement.

Entre ces deux pôles, les trois pays de l’Alliance des États du Sahel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, évoluent dans un environnement de forte contrainte sécuritaire, aggravée depuis les ruptures politiques de 2020 à 2023 et le retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2024. Les déplacements de populations, les surcoûts logistiques et la fermeture de certains corridors commerciaux pèsent mécaniquement sur l’activité agricole et minière.

Les géants continentaux à la peine

La prévision à 4,5 % intègre également la trajectoire laborieuse des deux premières économies du sous-continent. Le Nigeria, qui a franchi en 2024 une réforme douloureuse de son régime de change et supprimé la subvention aux carburants, cherche encore à transformer ces ajustements en croissance soutenue. L’Afrique du Sud, confrontée depuis plusieurs années à une crise électrique chronique et à des infrastructures ferroviaires dégradées, évolue sous les 2 % de croissance annuelle depuis 2023, bien en deçà de la moyenne régionale.

À l’inverse, le Kenya et l’Éthiopie demeurent les locomotives de l’Afrique de l’Est. Addis-Abeba a engagé fin 2024 une libéralisation progressive de son taux de change dans le cadre d’un programme de 3,4 milliards de dollars avec le FMI. Nairobi, malgré les tensions sociales de l’été 2024 autour de la loi de finances, conserve une base économique diversifiée entre services, agriculture d’exportation et place financière régionale.

Dette, climat et financement, les trois contraintes transversales

Les projections du Fonds s’inscrivent dans un environnement financier encore tendu. Plus d’une vingtaine de pays d’Afrique subsaharienne sont classés en situation de surendettement ou à risque élevé selon les analyses de viabilité conjointes du FMI et de la Banque mondiale. Le service de la dette absorbe désormais, dans plusieurs capitales, davantage de ressources budgétaires que les dépenses de santé et d’éducation cumulées, limitant la marge de manœuvre contracyclique des gouvernements.

Le facteur climatique s’ajoute à ces pressions. Les épisodes de sécheresse qui ont frappé la Corne de l’Afrique entre 2020 et 2023, puis les inondations survenues en Afrique centrale et au Sahel en 2024, rappellent la vulnérabilité des récoltes et des infrastructures. Pour les bailleurs multilatéraux, la question du financement de l’adaptation devient indissociable de celle de la croissance.

Reste la contrainte du financement extérieur. L’accès aux marchés obligataires internationaux s’est partiellement rouvert en 2024 pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Kenya et le Sénégal, mais à des taux encore supérieurs à ceux de la décennie précédente. La capacité des États à concrétiser la projection de 4,5 % dépendra, concrètement, de leur aptitude à mobiliser l’épargne domestique, à élargir l’assiette fiscale et à sécuriser des investissements directs étrangers dans l’énergie, les mines et les infrastructures numériques.

Pour aller plus loin

Le FMI pointe la double fragilité énergétique et alimentaire en Afrique · Algérie : Tebboune fixe à 2027 le cap d’une économie libérale · Afrique centrale : la BEAC prévient d’une facture pétrolière alourdie en 2026

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About the Author

Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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