Le ministre malien des Affaires étrangères a confirmé publiquement que l’Alliance des États du Sahel, qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, entretient déjà des canaux de discussion avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Selon ses propos, une rencontre formelle entre les deux ensembles n’est pas exclue, signal d’un possible réchauffement après des mois de rupture diplomatique ouverte entre les capitales sahéliennes et le bloc ouest-africain dirigé depuis Abuja.
Cette annonce intervient alors que les trois États sahéliens ont officialisé leur retrait de la CEDEAO et consolidé leur propre architecture politique, militaire et économique au sein de la Confédération des États du Sahel. Malgré la sortie actée, de nombreux dossiers demeurent inextricablement liés entre les deux espaces, qu’il s’agisse de la libre circulation des personnes, des échanges commerciaux intrarégionaux, de la convertibilité monétaire ou encore de la coopération sécuritaire face à l’expansion jihadiste.
Un dialogue discret maintenu malgré la rupture
Les déclarations du ministre malien indiquent que les canaux n’ont jamais été totalement interrompus entre Bamako, Ouagadougou, Niamey et les capitales de la CEDEAO. Plusieurs médiations discrètes, notamment portées par le Togo et le Sénégal, auraient contribué à préserver un minimum d’échanges techniques, sur fond de préoccupations partagées concernant les conséquences économiques et humaines d’un divorce brutal. Les populations frontalières, les opérateurs logistiques et les exportateurs figurent parmi les premiers exposés aux effets d’une désintégration régionale non maîtrisée.
La posture exprimée par Bamako traduit une volonté de dissocier le principe du retrait, présenté comme irréversible, et la gestion pragmatique des interdépendances régionales. Les dirigeants de l’AES ont, à plusieurs reprises, mis en avant leur souhait de nouer avec la CEDEAO une relation d’État à bloc, ou de bloc à bloc, fondée sur le respect mutuel et la non-ingérence, plutôt que de rompre toute forme de coopération institutionnelle.
Les enjeux stratégiques d’une éventuelle rencontre
Une rencontre officielle entre représentants de l’AES et de la CEDEAO, si elle se concrétisait, constituerait un signal politique majeur pour l’ensemble de la sous-région. Elle permettrait d’aborder plusieurs contentieux lourds, parmi lesquels le statut des ressortissants sahéliens dans les pays membres de la CEDEAO, le traitement douanier des marchandises circulant entre les deux espaces, ainsi que la continuité de certains mécanismes financiers et bancaires adossés à l’architecture communautaire.
La question monétaire reste en arrière-plan. Les trois États de l’AES appartiennent à la zone franc via l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et partagent donc avec plusieurs membres de la CEDEAO le franc CFA ouest-africain, géré par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Toute évolution institutionnelle devra tenir compte de cette imbrication financière, que l’AES a évoquée à travers des projets de monnaie commune encore au stade des intentions.
Un test pour la diplomatie régionale
Pour la CEDEAO, engager un dialogue structuré avec l’AES représente un exercice d’équilibriste. Le bloc doit préserver son autorité politique et la cohérence de ses normes, notamment en matière de gouvernance démocratique, tout en évitant une fragmentation durable qui profiterait aux acteurs extérieurs, qu’il s’agisse des groupes armés actifs au Sahel, de partenaires étrangers concurrents ou d’opérateurs économiques à la recherche de nouveaux couloirs commerciaux.
Pour l’AES, la perspective d’une rencontre permet d’affirmer une posture de maturité diplomatique, consolidant la thèse selon laquelle la sortie de la CEDEAO n’est pas synonyme d’isolement. Les prochaines semaines permettront de mesurer si ces déclarations trouveront une traduction concrète dans un agenda diplomatique commun, ou si elles relèvent d’une séquence de communication destinée à rassurer opinions publiques et partenaires internationaux. Selon Dakaractu, le ministre malien a insisté sur l’existence actuelle de ce dialogue et sur la possibilité d’une réunion entre les deux parties.



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