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Le dossier des écoles publiques libanaises revient au centre du débat national avec la controverse ouverte par les modalités de gestion des personnes déplacées à l’intérieur du pays. D’après le quotidien beyrouthin Al Akhbar, la manière dont le pouvoir organise la coexistence entre reprise des cours et hébergement d’urgence dresserait, de fait, l’institution scolaire contre les familles réfugiées. Une équation d’autant plus délicate que le système éducatif public sort exsangue de plusieurs années de crise financière, de dévaluation monétaire et de grèves à répétition.
Un arbitrage politique aux effets sociaux immédiats
La décision de rouvrir les établissements officiels mobilisés depuis les vagues de déplacement provoquées par le conflit avec Israël soulève une question de méthode autant que de priorités. En choisissant de restituer les bâtiments à leur vocation pédagogique sans proposer d’alternative structurée d’hébergement, l’exécutif transfère, selon la lecture d’Al Akhbar, la charge du conflit d’usage aux directions d’école, aux enseignants et aux comités de parents. Ce transfert de responsabilité fabrique une confrontation directe là où l’État aurait pu jouer un rôle de médiation et d’organisation.
Les familles déplacées, souvent originaires du Sud-Liban, de la Békaa ou de la banlieue sud de Beyrouth, se retrouvent sommées de quitter des locaux devenus, pour beaucoup, l’unique refuge après la destruction de leur logement. Dans le même temps, les parents d’élèves libanais réclament légitimement la reprise d’un cycle scolaire déjà largement amputé par les années précédentes. Deux publics vulnérables, une même infrastructure publique, et aucun dispositif tampon financé à la hauteur des besoins.
Une éducation publique fragilisée par une décennie de crises
Le secteur éducatif libanais ne dispose plus des marges de manœuvre financières nécessaires pour absorber ce type de choc. Depuis 2019, la chute de la livre libanaise a réduit à néant le pouvoir d’achat des enseignants du secteur public, provoquant grèves prolongées, fuite des compétences et allongement mécanique des années scolaires. Les bailleurs internationaux, en particulier l’Unicef, l’Union européenne et la Banque mondiale, ont maintenu des enveloppes de soutien, mais les décaissements demeurent conditionnés à des réformes de gouvernance rarement mises en œuvre.
Dans ce contexte, chaque interruption supplémentaire du calendrier scolaire pèse doublement. Elle prive les élèves de continuité pédagogique et renforce la migration vers le privé pour les familles qui en ont encore les moyens, accentuant la fracture éducative. La rentrée scolaire revêt donc une dimension politique : c’est aussi l’un des derniers services publics identifiés comme tel par une partie de la population.
Le déplacement interne, angle mort de la politique publique
La gestion du déplacement forcé au Liban souffre d’un défaut d’anticipation. Malgré l’ampleur des vagues successives liées aux frappes israéliennes, aucun schéma national d’hébergement durable n’a été formalisé. Les municipalités, en première ligne, financent sur leurs fonds propres l’accueil, la sécurité et le nettoyage des sites, sans compensation prévisible de l’administration centrale. Les organisations humanitaires signalent depuis plusieurs mois la saturation des centres collectifs et l’inadéquation des bâtiments scolaires à un usage résidentiel prolongé.
Renvoyer les familles sans solution de relogement fait donc peser sur elles un risque humanitaire supplémentaire, tandis que les maintenir dans les classes retarde la scolarisation des enfants libanais et déplacés. La contradiction est intégrale, et elle traduit un défaut d’architecture de la décision publique plus qu’un simple différend administratif. Le sujet touche à la souveraineté sociale du Liban, à sa capacité résiduelle de piloter des politiques de protection dans un environnement régional instable.
Reste que l’absence d’un cadre national clair alimente la défiance envers les institutions et fragilise davantage l’école publique, pilier historique de la mobilité sociale libanaise. Les prochaines semaines diront si le gouvernement parvient à sortir de cette logique d’arbitrage binaire pour proposer un dispositif hybride, mêlant hébergement transitoire dédié, appui municipal et calendrier scolaire aménagé. Selon Al Akhbar, la trajectoire actuelle laisse peu de place à l’optimisme.
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