Le président de la République libanaise Joseph Aoun et le chef du gouvernement Nawaf Salam ont condamné, dans des déclarations distinctes, l’assassinat d’Amal Khalil, désignée comme martyre par les autorités de Beyrouth. Cette prise de position conjointe des deux premières figures de l’État marque la gravité accordée à un acte perçu comme une nouvelle atteinte à la sécurité intérieure du pays du Cèdre. La condamnation s’inscrit dans une séquence où les assassinats ciblés se multiplient sur le territoire libanais.
Une condamnation au sommet de l’État libanais
Joseph Aoun, élu à la magistrature suprême après de longs mois de vacance présidentielle, a exprimé sa réprobation face à un acte qu’il range parmi les agressions inacceptables contre la population civile. Le président a réaffirmé l’engagement des institutions à identifier les auteurs et les commanditaires de l’opération. Cette parole présidentielle entend rappeler le rôle régalien de l’État dans la protection des citoyens, alors que les forces de sécurité peinent à endiguer la répétition d’opérations ciblées.
De son côté, le Premier ministre Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice nommé à la tête du gouvernement, a joint sa voix à celle du chef de l’État. L’ancien magistrat a insisté sur la nécessité d’une enquête rigoureuse et a dénoncé un acte criminel contraire aux fondements du droit. La convergence des deux plus hautes autorités exécutives traduit la volonté d’afficher une ligne commune face à une violence qui fragilise l’autorité publique.
Un contexte sécuritaire sous tension
L’assassinat d’Amal Khalil intervient dans une phase où le Liban cherche à stabiliser son environnement intérieur après des mois de confrontation directe entre le Hezbollah et Israël. Le cessez-le-feu entré en vigueur fin novembre 2024 n’a pas mis fin aux frappes ciblées attribuées à des services étrangers ni aux règlements de comptes internes. Les régions du Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth demeurent exposées à des opérations récurrentes, dont certaines visent des cadres politiques, militaires ou associatifs.
Dans ce paysage fragmenté, la qualification de martyre employée par les autorités revêt une portée politique autant que symbolique. Elle renvoie au vocabulaire de la résistance mobilisé par une partie de la classe dirigeante et des formations politiques, singulièrement dans le camp proche du mouvement Amal et du Hezbollah. La désignation officielle inscrit la victime dans un récit national qui dépasse la seule dimension criminelle du dossier.
Enjeux institutionnels et souveraineté
La réaction commune d’Aoun et de Salam illustre la tentative d’un nouvel attelage exécutif de réaffirmer la centralité des institutions après des années de paralysie. Depuis le début de l’année 2025, le duo s’attache à restaurer une forme d’autorité étatique sur des dossiers sécuritaires jusque-là laissés à la marge. La lutte contre les assassinats politiques figure parmi les tests de crédibilité les plus scrutés par les chancelleries occidentales et arabes, notamment Riyad et Paris, engagées dans le soutien à la transition libanaise.
Sur le plan judiciaire, la question des moyens alloués aux Forces de sécurité intérieure (FSI) et à la Direction générale de la sûreté générale se pose avec acuité. Les précédentes enquêtes sur des assassinats ciblés, y compris celle portant sur l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, restent marquées par des blocages institutionnels et des pressions politiques. Le traitement du dossier Amal Khalil servira d’indicateur sur la capacité du nouvel exécutif à imposer un fonctionnement ordinaire de la chaîne pénale.
Reste la dimension diplomatique. L’exécutif libanais doit composer avec les attentes de la communauté internationale, attentive à la mise en œuvre de la résolution 1701 des Nations unies et au désarmement progressif des milices au sud du fleuve Litani. Tout acte de violence sur le sol national renforce la pression exercée sur Beyrouth pour accélérer les réformes sécuritaires. La condamnation simultanée du président et du Premier ministre vise, à cet égard, à rassurer les partenaires extérieurs sur la détermination des autorités. Selon Al Akhbar, les deux dirigeants ont réaffirmé leur engagement à poursuivre les responsables de cet assassinat.
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