Liban : le massacre des Fahs à Saksakieh ravive une vendetta ancienne

Scenic view of Faraiya's landscape with misty clouds at sunrise in Lebanon.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le massacre qui a frappé la famille Fahs dans le village de Saksakieh, au cœur du caza de Saïda, s’ajoute à la longue liste des drames qui marquent le Sud-Liban depuis des décennies. Selon le récit publié par le quotidien libanais Al Akhbar, plusieurs membres d’une même lignée ont péri dans une frappe attribuée à l’armée israélienne, ravivant un sentiment ancien de vengeance que les habitants du Jabal Amel disent porter en héritage. Le terme employé par le journal, celui de « tha’r » — vendetta —, traduit la profondeur d’une plaie qui dépasse le simple décompte des victimes.

Saksakieh, nouveau symbole de la vulnérabilité du Sud-Liban

Située à quelques kilomètres de la côte méditerranéenne, entre Saïda et Tyr, la localité de Saksakieh appartient à cette bande méridionale régulièrement visée par les opérations militaires israéliennes. Le village, à dominante chiite, héberge plusieurs familles dont l’histoire est étroitement liée à celle de la résistance dans la région. Les Fahs, comme d’autres clans du Sud, conservent en mémoire les épisodes successifs de violence, depuis l’invasion de 1982 jusqu’aux guerres de 1993, 1996 et 2006, et plus récemment la séquence ouverte par les hostilités de 2023-2024.

Le récit du quotidien souligne que la frappe a touché un habitat civil, provoquant la mort de plusieurs membres d’une même fratrie. Les voisins évoquent un drame familial total, où enfants et adultes ont été emportés dans le même souffle. La scène, décrite par les correspondants du journal, renvoie à des images devenues familières dans le Sud, où les bombardements s’abattent souvent sur des maisons réputées paisibles.

Une vendetta transmise de génération en génération

Au-delà du bilan humain, c’est la dimension symbolique du massacre qui retient l’attention du quotidien beyrouthin. Al Akhbar décrit une société méridionale dans laquelle la mémoire des disparus structure les rapports collectifs et nourrit une exigence de justice qui se transmet par filiation. Dans cette région, chaque drame s’ajoute aux précédents, formant une stratigraphie de douleurs qui alimente la détermination des familles à ne pas oublier.

Cette dynamique a des implications politiques concrètes. Le Hezbollah, principal mouvement armé du Sud-Liban, puise une partie de sa légitimité dans la défense de ces communautés frappées à répétition. Chaque nouveau deuil renforce le discours selon lequel la résistance armée constitue l’unique rempart face à l’asymétrie militaire avec Israël. Le quotidien évoque ainsi un « nouveau ressentiment » qui viendra s’ajouter aux strates anciennes, sans qu’aucun mécanisme institutionnel ne paraisse en mesure de les apaiser.

Un Sud-Liban suspendu entre cessez-le-feu fragile et représailles

Le contexte régional pèse lourdement sur l’interprétation de l’événement. Depuis l’accord de cessation des hostilités conclu fin 2024 sous médiation américaine et française, le Sud-Liban demeure le théâtre de frappes israéliennes ponctuelles, justifiées par Tel-Aviv au nom de la lutte contre les capacités résiduelles du Hezbollah. Beyrouth, de son côté, dénonce des violations répétées de la trêve et appelle la communauté internationale à des garanties effectives, jusqu’ici jugées insuffisantes par les autorités libanaises.

Pour les habitants de Saksakieh et des villages voisins, la trêve ressemble à une fiction administrative. Les terres agricoles restent partiellement inaccessibles, les retours sont compliqués par la présence de munitions non explosées, et les frappes continuent de provoquer des deuils. Le drame des Fahs intervient dans ce climat d’inachèvement, où la guerre n’a pas formellement repris mais où la mort frappe toujours.

Reste la question, posée en filigrane par le quotidien, de la capacité de l’État libanais à protéger ses ressortissants. Affaibli par une crise économique persistante et par la lenteur du processus de reconstruction, le pouvoir central peine à offrir aux populations méridionales davantage qu’un soutien rhétorique. Concrètement, les familles endeuillées dépendent largement des structures partisanes et confessionnelles pour leurs funérailles, leur prise en charge et leur reconstruction. Une situation qui, selon les analystes cités par la presse libanaise, consolide la centralité politique du Hezbollah dans une région où l’État reste perçu comme distant. Selon Al Akhbar, le massacre des Fahs s’inscrira durablement dans la mémoire collective du Jabal Amel.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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