L’Iran crée une autorité dédiée à la gestion du détroit d’Ormuz

Aerial view of a cargo ship navigating through the Bosphorus Strait in Istanbul, Turkey.Photo : Julien Goettelmann / Pexels

L’Iran a franchi un cap symbolique dans la gestion du détroit d’Ormuz en annonçant, lundi, la création de l’Autorité du détroit du Golfe Persique, désignée par l’acronyme PGSA. Le nouvel organisme sera chargé de diffuser, selon les autorités iraniennes, des informations en temps réel sur les opérations maritimes dans ce corridor où transite près d’un tiers du pétrole acheminé par voie maritime. La presse spécialisée précise que la structure disposera d’un pouvoir d’approbation des transits et qu’elle prélèvera des droits de passage sur les navires empruntant la zone.

Une autorité dédiée à un corridor pétrolier stratégique

Le détroit d’Ormuz, large d’une trentaine de kilomètres en son point le plus resserré, sépare l’Iran du sultanat d’Oman et constitue l’unique débouché maritime du Golfe vers l’océan Indien. Chaque jour, des dizaines de méthaniers et de pétroliers y croisent en provenance d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Koweït, d’Irak ou du Qatar. La création de la PGSA institutionnalise une supervision iranienne là où s’exerçait jusqu’ici une coordination essentiellement technique entre marines régionales et armateurs internationaux.

Pour Téhéran, l’enjeu dépasse la simple régulation du trafic. En se dotant d’un guichet officiel chargé d’autoriser les passages, la République islamique pose les bases d’une lecture juridique qui rapproche le détroit d’un espace placé sous administration nationale, alors qu’il relève en partie des eaux territoriales iraniennes et omanaises et du régime international du passage en transit prévu par la Convention de Montego Bay. La portée exacte des prérogatives confiées à la nouvelle autorité reste à préciser dans les textes d’application.

Droits de passage : un levier économique et politique

La perception de droits de passage constitue l’aspect le plus tangible du dispositif. Si les barèmes n’ont pas été divulgués, l’instauration d’une taxation des transits à Ormuz pourrait représenter une nouvelle source de devises pour un État iranien confronté à un régime de sanctions occidentales particulièrement contraignant. Le mécanisme rappelle, dans son principe, les droits prélevés par l’Égypte sur le canal de Suez ou par le Panama sur son canal interocéanique, à ceci près qu’Ormuz est un détroit naturel et non un ouvrage artificiel.

Le calcul est aussi politique. En liant l’accès au détroit à un acte administratif iranien, Téhéran se donne un levier supplémentaire dans ses négociations avec les puissances occidentales et avec les monarchies du Golfe. La menace, brandie à plusieurs reprises au cours des dernières années par des responsables iraniens, d’une fermeture du passage en cas d’escalade militaire prend ici une forme plus feutrée mais tout aussi structurante. Reste à savoir comment réagiront les compagnies maritimes, les assureurs et les marines étrangères, à commencer par la Cinquième flotte américaine basée à Bahreïn.

Une équation régionale sous tension

Les capitales du Conseil de coopération du Golfe, particulièrement Riyad et Abou Dabi, observeront avec attention la mise en œuvre concrète du dispositif. Une partie des exportations émiriennes de brut a déjà été redirigée par l’oléoduc de Habshan-Fujairah, qui contourne Ormuz, et l’Arabie saoudite peut s’appuyer sur le terminal de Yanbu en mer Rouge. Mais ces contournements n’absorbent qu’une fraction des volumes en jeu, et l’essentiel du commerce pétrolier régional demeure tributaire du détroit.

Pour les acheteurs asiatiques, Chine et Inde en tête, toute incertitude administrative sur Ormuz se traduit immédiatement par une prime de risque sur les cargaisons et par des hausses de coûts d’assurance. Les armateurs internationaux devront déterminer si l’enregistrement auprès de la PGSA constitue une formalité ou une démarche susceptible d’engager leur statut juridique. Concrètement, l’articulation entre le nouveau guichet iranien et les pratiques en vigueur, notamment la coordination avec la marine omanaise pour la séparation des couloirs de navigation, conditionnera la portée réelle de la réforme.

La création de la PGSA s’inscrit dans une séquence où Téhéran cherche à consolider ses positions face à la pression américaine et à projeter une image de maîtrise sur son environnement immédiat. L’accueil réservé par la communauté maritime internationale dans les prochaines semaines dira si l’initiative s’impose comme un standard ou si elle reste cantonnée à un acte de souveraineté déclaratif. Selon France 24 Moyen-Orient.

Pour aller plus loin

Liban : Hussein Hajj Hassan alerte sur un canal sécuritaire au Pentagone · Al Akhbar : Israël englué dans une guerre d’usure régionale · Islamabad transmet à Washington une proposition iranienne révisée

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "L’Iran crée une autorité dédiée à la gestion du détroit d’Ormuz"

Laisser un commentaire