L’Union européenne rétablit son accord de coopération avec la Syrie

Charming old buildings and narrow alleyways in historic Damascus, Syria.Photo : mori dad / Pexels

L’Union européenne a officiellement rétabli, le 11 mai, son accord de coopération avec la Syrie, refermant ainsi un cycle de plus d’une décennie de gel diplomatique. La décision prise à Bruxelles entérine la nouvelle orientation européenne à l’égard de Damas, déjà esquissée par la levée des sanctions en 2025. Elle traduit la volonté des Vingt-Sept de bâtir une relation de travail avec les autorités issues du renversement du régime baasiste, tout en assumant les ambiguïtés qui entourent leur trajectoire politique.

Un accord de coopération longtemps gelé

Conclu en 1977, l’accord-cadre entre la Communauté européenne et la Syrie organisait jusqu’à son gel les échanges commerciaux, l’assistance technique et le dialogue institutionnel entre les deux rives. Bruxelles l’avait suspendu au cours de la dernière décennie du pouvoir de Bachar el-Assad, en réaction à la répression sanglante du soulèvement de 2011 et aux violations massives des droits humains documentées par les instances onusiennes. Cette mise en sommeil s’accompagnait d’un arsenal de mesures restrictives ciblant les avoirs de l’élite dirigeante, les exportations d’hydrocarbures et l’accès au système financier européen.

La chute du régime, suivie de l’arrivée au pouvoir d’une coalition dominée par un mouvement islamiste radical, a contraint les chancelleries européennes à revoir leur doctrine. Plutôt que de maintenir un isolement devenu sans objet, les Vingt-Sept ont privilégié une stratégie d’engagement conditionnel. La levée des sanctions, actée en 2025, a constitué la première étape de ce repositionnement. Le rétablissement de l’accord de coopération en représente désormais le prolongement juridique et politique.

Un signal politique adressé aux nouvelles autorités

En réactivant ce cadre, Bruxelles entend reconnaître les inflexions opérées par les autorités de transition au cours des derniers mois. Plusieurs réformes ont été engagées pour rassurer les capitales occidentales, qu’il s’agisse de gestes en matière de gouvernance, de pluralisme communautaire ou de coopération sur les dossiers sécuritaires. Les nouveaux dirigeants, longtemps classés parmi les acteurs djihadistes du conflit, ont déployé une diplomatie active afin de gagner en respectabilité internationale et de capter les flux d’aide nécessaires à la reconstruction.

Le pari européen comporte une part de risque assumé. En consacrant un partenariat institutionnel avec Damas, les Vingt-Sept misent sur la capacité des nouvelles autorités à consolider un État fonctionnel, à protéger les minorités et à contenir les factions les plus radicales. À défaut, le crédit diplomatique accordé pourrait se retourner contre Bruxelles, déjà critiquée pour la rapidité de son revirement par plusieurs ONG de défense des droits humains.

Reconstruction, migrations et influence régionale

Les enjeux économiques pèsent lourdement dans la décision européenne. La reconstruction de la Syrie, dont le coût a été estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars par les agences onusiennes, ouvre un marché stratégique que les capitales européennes ne souhaitent pas abandonner aux acteurs régionaux, en particulier la Turquie, les monarchies du Golfe ou la Chine. Le rétablissement de l’accord doit permettre aux entreprises européennes de se positionner dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et des télécommunications.

La question migratoire constitue un second moteur. Plusieurs États membres, dont l’Allemagne, l’Autriche et le Danemark, ont conditionné le retour à la normale à des avancées sur la réadmission des ressortissants syriens et sur la stabilisation interne du pays. Bruxelles espère que la reprise du dialogue institutionnel ouvrira la voie à des programmes structurés de retours volontaires, voire forcés, pour les déboutés du droit d’asile.

Reste la dimension géopolitique. En réinvestissant le terrain syrien, l’Union européenne cherche à reconquérir une influence érodée par des années d’absence, durant lesquelles la Russie, l’Iran puis la Turquie ont façonné le paysage politique du Levant. La fenêtre ouverte par la transition damascène offre aux Européens une occasion rare de peser à nouveau sur les équilibres régionaux, depuis la sécurité maritime en Méditerranée orientale jusqu’à la stabilité du voisinage libanais et jordanien. Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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