La crise au Mali traverse une nouvelle phase critique, et la voix d’Alioune Tine, ancien expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits humains dans le pays, pèse dans le débat régional. Le défenseur sénégalais des droits humains, fondateur du think tank Afrikajom Center, a livré ce lundi une analyse au vitriol sur la dégradation continue de la situation malienne. Son diagnostic, énoncé sans précaution diplomatique, dessine le portrait d’un État sous pression croissante, confronté à une insécurité qui gagne du terrain et à un isolement diplomatique préoccupant.
Un diagnostic sans complaisance sur la transition malienne
Pour Alioune Tine, la trajectoire empruntée par les autorités de transition à Bamako appelle un examen lucide. L’ancien expert onusien estime que les marges de manœuvre des dirigeants maliens se réduisent à mesure que les fronts s’accumulent. La pression djihadiste, le recul de l’État dans plusieurs régions et les tensions persistantes avec une partie de la communauté internationale forment un faisceau d’indicateurs convergents. Cette lecture rejoint celle de plusieurs analystes sahéliens qui décrivent un Mali fragilisé sur ses fondamentaux régaliens.
Le défenseur des droits humains insiste sur la dimension politique de la crise. Au-delà des opérations militaires et des recompositions d’alliances, c’est la nature même du contrat social qui se trouve interrogée. La suspension de partis politiques, le rétrécissement de l’espace civique et les interrogations sur le calendrier de retour à un ordre constitutionnel normal constituent, selon lui, autant de signaux préoccupants. Cette grille d’analyse, portée par une figure reconnue du panafricanisme des droits humains, contraste avec la communication officielle des autorités maliennes.
Sécurité, souveraineté et recomposition régionale
L’autre versant du diagnostic touche à la souveraineté sécuritaire. Depuis le départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et la rupture avec la force française Barkhane, Bamako a misé sur de nouveaux partenariats, notamment avec la Russie via le déploiement de combattants liés à la galaxie Wagner, devenue Africa Corps. Or, les attaques dans le nord et le centre du pays continuent de se multiplier, et plusieurs localités stratégiques font l’objet d’opérations menées par les groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Le pari du repositionnement militaire n’a pas, à ce stade, produit le sursaut sécuritaire escompté.
La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger, suivie du retrait formel de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a redessiné l’architecture régionale. Pour Alioune Tine, cette recomposition, si elle traduit une volonté d’émancipation assumée, expose aussi les trois États à un risque d’enclavement diplomatique et économique. Les chaînes logistiques, les flux financiers et la coopération sécuritaire transfrontalière reposent largement sur les corridors ouest-africains. Toute fragilisation durable de ces interconnexions pèsera sur les économies sahéliennes.
Une alerte adressée à l’ensemble du Sahel
L’analyse de l’ancien expert onusien dépasse le seul cadre malien. Elle interpelle un Sahel pris dans une spirale où s’entremêlent gouvernance contestée, économies de prédation, jeunesse sans perspective et offensives djihadistes. La situation humanitaire, marquée par des déplacements internes massifs et une insécurité alimentaire chronique, ajoute une dimension sociale à la crise sécuritaire. Plusieurs millions de personnes vivent désormais dans des zones où l’accès des organisations d’aide est entravé.
Reste la question du dialogue. Alioune Tine plaide de longue date pour des processus inclusifs, associant acteurs politiques, société civile, autorités religieuses et représentants des communautés. La voie strictement militaire, défendue par les régimes de transition, n’a pas démontré sa capacité à pacifier durablement les territoires. Le diagnostic posé ce lundi sonne donc comme un appel à la lucidité adressé autant aux dirigeants sahéliens qu’à leurs partenaires extérieurs, à l’heure où les fenêtres de stabilisation paraissent se refermer. Selon PressAfrik.
Pour aller plus loin
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