La ville de Moanda, principal pôle d’extraction du manganèse au Gabon, a accueilli le 24 juin une journée d’information et de sensibilisation citoyenne placée sous l’autorité du préfet du département de la Lébombi-Léyou, Jean-Pierre Abissaye. La rencontre a réuni les habitants autour des perspectives ouvertes par la transformation industrielle du minerai, alors que l’État gabonais cherche à inverser le modèle historique d’exportation brute qui a longtemps caractérisé la filière. Le choix de Moanda comme cadre de cette concertation n’a rien d’anodin : le bassin de la Lébombi-Léyou concentre l’essentiel des gisements exploités dans le pays, ce qui en fait un laboratoire grandeur nature des politiques de contenu local.
Le manganèse, levier d’industrialisation pour le Haut-Ogooué
Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon dépend très largement de cette ressource pour ses recettes minières. Pourtant, la transformation domestique reste embryonnaire et la majorité du minerai quitte le pays sous forme brute, privant les territoires producteurs d’une part substantielle de la valeur ajoutée. La journée organisée par la préfecture a précisément visé à expliquer aux populations comment l’industrialisation pourrait modifier cet équilibre, en captant localement les étapes de raffinage et d’alliages aujourd’hui réalisées en Asie ou en Europe.
Les autorités départementales ont insisté sur la dimension structurante d’un tel basculement. Concrètement, l’installation d’unités de transformation sur le sol gabonais suppose des investissements lourds, un cadre énergétique fiable et des partenariats industriels capables d’absorber le risque de marché. Le complexe métallurgique déjà exploité par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) à Moanda constitue à cet égard un précédent, mais sa montée en puissance demeure conditionnée à l’évolution des cours mondiaux et à la disponibilité d’électricité compétitive.
Formation des jeunes et emplois locaux au cœur du dispositif
Le volet capital humain a occupé une place centrale dans les échanges. Le préfet Jean-Pierre Abissaye a rappelé que sans une main-d’œuvre qualifiée, les ambitions d’industrialisation resteraient lettre morte. La présence à Moanda de l’École des mines et de la métallurgie est régulièrement citée comme un atout, mais les besoins en techniciens supérieurs, ingénieurs procédés et opérateurs spécialisés dépassent encore largement l’offre de formation disponible dans le département.
Les habitants ont été invités à se saisir des dispositifs existants, qu’il s’agisse des bourses, des partenariats école-entreprise ou des programmes d’apprentissage portés par les industriels du secteur. L’enjeu est double pour les pouvoirs publics : éviter que les recrutements liés aux futures unités de transformation ne se fassent au détriment des populations locales, et limiter l’exode des jeunes diplômés vers Libreville ou l’étranger. Plusieurs intervenants ont souligné que la légitimité sociale des projets miniers se joue désormais sur le terrain de l’employabilité.
Acceptabilité sociale et contenu local, des paris à tenir
Au-delà de la pédagogie, l’exercice traduit une volonté de consolider l’acceptabilité sociale de l’activité minière dans une région où les attentes envers la rente extractive demeurent élevées. La transformation locale est présentée comme la clé d’un nouveau pacte entre l’État, les opérateurs et les communautés riveraines, dans le prolongement des orientations affichées par les autorités de la transition en matière de souveraineté économique. Le Gabon entend ainsi se rapprocher du modèle suivi par certains pays producteurs d’Afrique australe, qui ont conditionné l’accès aux gisements à des engagements industriels précis.
Reste que le calendrier de mise en œuvre demeure flou. Les annonces d’industrialisation se heurtent à la réalité d’une chaîne logistique encore tributaire du Transgabonais et du port d’Owendo, dont la modernisation conditionne la compétitivité des futures exportations de manganèse transformé. La capacité du tissu local de sous-traitance à monter en gamme constituera, dans les prochains mois, un indicateur décisif de la sincérité de la démarche. Selon Gabon Review, la rencontre du 24 juin a permis de poser les bases d’un dialogue renforcé entre administration, opérateurs et population de Moanda.
Pour aller plus loin
Auplata Mining Group : les zones d’ombre d’un empire minier africain · Le Gabon suspend les permis d’exploitation aurifère à petite échelle · La Guinée lance la Nimba Gold Refinery sous l’impulsion de Doumbouya

Be the first to comment on "Manganèse : Moanda mise sur la formation et l’industrialisation locale"