La filière aurifère gabonaise entre dans une phase de reprise en main. Par un communiqué publié le 23 juin, le ministère des Mines et des Ressources géologiques a annoncé la suspension provisoire de toutes les activités de recherche et d’exploitation d’or à petite échelle sur le territoire national. La mesure concerne aussi bien les permis en cours de validité que les demandes en instruction, et s’inscrit dans une volonté affichée d’assainissement d’un secteur jugé hors de contrôle.
Une décision motivée par l’essor de l’orpaillage clandestin
Libreville justifie sa décision par la montée des inquiétudes autour de l’exploitation illicite de l’or, particulièrement dans les zones forestières de l’est et du nord-est du pays. Depuis plusieurs années, les sites d’orpaillage informel se multiplient, alimentés par des réseaux transfrontaliers et une main-d’œuvre étrangère échappant largement au contrôle des autorités. Le phénomène s’accompagne de dégradations environnementales lourdes : pollution au mercure, déforestation, perturbation des cours d’eau.
Au-delà de l’enjeu écologique, c’est la souveraineté économique qui est en cause. Les volumes d’or extraits clandestinement échappent à la fiscalité minière et empruntent des circuits parallèles vers les marchés régionaux, notamment camerounais. Pour un État qui cherche à diversifier ses recettes au-delà du pétrole, la dilapidation de la rente aurifère constitue un manque à gagner stratégique.
Un audit en perspective pour les détenteurs de titres
La suspension annoncée n’a pas vocation à devenir définitive, précise le ministère. Elle ouvre une fenêtre destinée à conduire un état des lieux exhaustif des titres miniers délivrés ces dernières années. Les autorités entendent vérifier la conformité des opérateurs aux cahiers des charges, la réalité des activités déclarées et le respect des obligations fiscales et environnementales.
Concrètement, aucune nouvelle demande de permis de petite mine ne sera examinée tant que durera la période d’évaluation. Les titulaires actuels devront, pour leur part, justifier de la régularité de leurs opérations. Cette procédure s’inscrit dans la continuité des annonces faites depuis l’arrivée au pouvoir des autorités de transition, qui ont placé la traçabilité des ressources naturelles au cœur de leur discours économique.
Le Gabon n’est pas un poids lourd de la production aurifère continentale, loin derrière le Ghana, le Mali ou le Burkina Faso. Sa production officielle reste modeste, estimée à quelques centaines de kilogrammes par an, mais les volumes réels seraient sensiblement supérieurs si l’on intègre l’extraction informelle. Le potentiel géologique du pays, notamment dans les ceintures de roches vertes de l’Ogooué, suscite par ailleurs un intérêt croissant des juniors minières internationales.
Vers une refonte du cadre minier gabonais
La suspension des permis de petite mine s’inscrit dans une dynamique plus large de révision du cadre légal applicable au secteur extractif. Le code minier gabonais, déjà actualisé en 2019, fait l’objet de réflexions visant à renforcer le contenu local, à accroître la part de l’État dans les projets et à durcir les obligations environnementales. Les pouvoirs publics entendent également mieux articuler les régimes applicables à la grande mine industrielle et à la petite exploitation artisanale, longtemps considérée comme un angle mort réglementaire.
Pour les opérateurs privés, la décision crée une incertitude à court terme. Plusieurs PME locales et sociétés à capitaux étrangers, principalement chinois et ouest-africains, sont concernées par le gel. Les organisations professionnelles devraient demander un calendrier précis de réactivation des titres, ainsi qu’une concertation sur les nouvelles règles à venir. Sans visibilité, l’investissement dans le segment aurifère artisanal risque de se reporter vers des juridictions voisines plus stables.
La mesure intervient enfin dans un contexte où les cours mondiaux de l’or évoluent à des niveaux historiquement élevés, dépassant durablement les 2 300 dollars l’once. Cette conjoncture renforce l’attrait économique de l’orpaillage, mais aggrave aussi les pressions sur les écosystèmes et les tentations de fraude. Reste à Libreville à transformer cette pause administrative en une véritable réforme structurelle, susceptible de capter la valeur ajoutée d’une ressource jusqu’ici sous-exploitée par la puissance publique. Selon Gabon Review.
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