Les chiffres compilés par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) au titre de l’exercice 2024 confirment la place centrale de Kédougou dans l’économie minière sénégalaise. Situé à plus de 700 kilomètres de Dakar, ce territoire frontalier du Mali et de la Guinée abrite la quasi-totalité de la production industrielle d’or du pays et attire depuis une décennie les principaux investisseurs miniers actifs en Afrique de l’Ouest. Le rapport, salué pour sa granularité, détaille l’ampleur des paiements versés par les opérateurs à l’État et remet sur la table un débat récurrent : celui du partage de la rente extractive avec les populations locales.
Kédougou, poumon aurifère du Sénégal
La région est aujourd’hui identifiée par les autorités sénégalaises comme le cœur du cluster minier national. Les gisements exploités y sont majoritairement aurifères, avec des acteurs industriels de premier plan opérant des mines à grande échelle aux côtés d’une orpaillage artisanal dont l’empreinte économique et environnementale reste significative. L’ITIE, dont la mission consiste à rapprocher les paiements déclarés par les entreprises et les recettes encaissées par le Trésor, confirme que l’essentiel des redevances, impôts sur les sociétés et contributions parafiscales du secteur provient de cette zone.
Le poids de l’or dans les exportations sénégalaises a nettement progressé ces dernières années, porté par la hausse des cours internationaux et la montée en régime de plusieurs projets. Cette dynamique a conforté Kédougou dans son statut de première région contributrice aux recettes minières, devant les pôles phosphatés et les zones d’extraction de sables lourds. Reste que cette concentration géographique des flux financiers contraste avec les indicateurs socio-économiques de la région, parmi les plus faibles du pays.
Une transparence qui interroge la redistribution
Au-delà des volumes et des montants, le rapport ITIE pose une question politique : celle de l’utilisation des recettes générées. Le code minier sénégalais, révisé en 2016, prévoit un mécanisme de rétrocession d’une fraction des revenus aux collectivités territoriales abritant les opérations extractives, via notamment un fonds d’appui au développement local. Les acteurs de la société civile, très présents dans le dialogue ITIE, rappellent régulièrement que la mise en œuvre effective de ces dispositifs demeure partielle et que les infrastructures de base continuent de faire défaut dans plusieurs localités minières.
La publication des données désagrégées par projet et par entreprise, cœur de la doctrine ITIE, permet désormais aux élus locaux et aux organisations citoyennes de confronter les déclarations des opérateurs aux réalisations sur le terrain. Cet outil de reddition de comptes prend un relief particulier au moment où le nouveau pouvoir exécutif, installé en 2024, a fait de la souveraineté sur les ressources naturelles un axe de communication assumé. Les autorités ont notamment annoncé une revue des contrats miniers et pétro-gaziers, avec l’objectif affiché de renforcer la part revenant à l’État.
Un levier pour la renégociation des contrats
Dans ce contexte, les chiffres ITIE 2024 constituent une base documentaire précieuse pour les négociateurs publics. Ils permettent d’objectiver la contribution réelle des compagnies minières au budget national, de mesurer l’écart éventuel avec les projections initiales et d’alimenter les travaux de la commission chargée de réexaminer les conventions. Les investisseurs étrangers, pour leur part, observent avec attention la manière dont Dakar articulera son discours de souveraineté avec les engagements contractuels existants et l’attractivité du code minier.
La trajectoire du secteur dépendra aussi de la capacité des opérateurs à sécuriser leur permis social d’exploitation. Les tensions récurrentes autour de l’orpaillage clandestin, de la pollution mercurielle des cours d’eau et de l’accès à l’emploi local rappellent que la rente aurifère ne se résume pas à une colonne de recettes fiscales. Pour Kédougou, l’enjeu est désormais de transformer les montants révélés par le rapport en infrastructures tangibles, faute de quoi l’écart entre richesse produite et développement ressenti continuera de nourrir la contestation. Selon Seneweb, le rapport ITIE 2024 dresse un panorama inédit de cette réalité.
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