Moove lève 250 millions de dollars et pèse 2,1 milliards

Black and white cityscape of Lagos with a prominent architectural structure and busy road.Photo : eniforo kelvin / Pexels

La société Moove, plateforme de financement automobile fondée à Lagos, vient de mobiliser 250 millions de dollars auprès d’un tour d’investisseurs internationaux. Cette opération porte la valorisation de la fintech nigériane à 2,1 milliards de dollars, un seuil qui la maintient au sein du club restreint des licornes africaines. L’annonce intervient alors que les levées de fonds sur le continent connaissent un ralentissement marqué depuis 2023, et illustre la capacité de certains champions technologiques à continuer d’attirer des capitaux malgré la rareté du financement.

Un modèle de financement automobile taillé pour les plateformes

Créée en 2020 par les entrepreneurs Ladi Delano et Jide Odunsi, Moove s’est positionnée sur un segment jusque-là mal servi par le crédit bancaire classique : le financement des véhicules destinés aux chauffeurs travaillant pour les plateformes de VTC et de livraison. La société propose des solutions de leasing adossées aux revenus générés sur ces applications, avec des prélèvements automatiques sur les recettes hebdomadaires. Ce mécanisme réduit le risque de défaut et permet d’ouvrir la propriété d’un véhicule à des travailleurs indépendants souvent exclus du crédit traditionnel.

La fintech nigériane a rapidement étendu son empreinte au-delà de son marché domestique. Elle opère aujourd’hui dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, mais aussi au Royaume-Uni, aux Émirats arabes unis, en Inde et en Afrique du Sud. Ce déploiement multi-géographies constitue l’un des arguments centraux avancés auprès des investisseurs, qui voient dans Moove une infrastructure financière transversale plutôt qu’un simple acteur régional.

Une valorisation à 2,1 milliards dans un contexte de contraction

La barre des 2,1 milliards de dollars place Moove parmi les start-up africaines les mieux valorisées, aux côtés de Flutterwave, Interswitch, Wave et OPay. Le tour de table de 250 millions de dollars s’inscrit dans une année où le financement du capital-risque africain a reculé de manière sensible par rapport aux pics de 2021 et 2022. Selon plusieurs baromètres sectoriels, les levées annuelles sur le continent oscillent désormais autour de 3 à 4 milliards de dollars, contre plus de 6 milliards à leur sommet.

Dans ce contexte, la capacité de la fintech nigériane à sécuriser un ticket de cette taille traduit une préférence croissante des investisseurs pour les modèles adossés à des actifs tangibles et à des flux de revenus contractualisés. Le leasing automobile, avec ses garanties matérielles et sa remontée quasi quotidienne de trésorerie, offre un profil de risque plus lisible que celui de nombreuses fintechs de paiement pur.

Une souveraineté financière africaine à l’épreuve du capital étranger

Reste que la trajectoire de Moove soulève des questions structurelles pour l’écosystème technologique africain. La quasi-totalité du capital mobilisé provient d’investisseurs institutionnels basés à Londres, New York, Abou Dhabi ou Tokyo. Les précédents tours de la société ont associé des acteurs comme Uber, Mubadala Capital ou encore la Société financière internationale. Cette dépendance à l’égard des fonds étrangers reflète la faiblesse persistante du capital-risque local, malgré les initiatives portées par certaines institutions africaines de développement.

Concrètement, le nouveau financement doit permettre à Moove d’accélérer l’électrification de sa flotte et de renforcer son offre dans les marchés déjà couverts. La transition vers des véhicules moins émetteurs représente un défi capitalistique majeur, en particulier dans les métropoles où les infrastructures de recharge demeurent embryonnaires. La société avait annoncé, lors de ses précédents tours, une ambition claire d’accompagner ses partenaires plateformes dans la décarbonation de leurs services urbains.

Par ailleurs, l’opération renforce la thèse selon laquelle la mobilité, plus encore que le paiement mobile, pourrait constituer la prochaine vague d’innovation financière sur le continent. Le taux de motorisation africain, encore très inférieur à celui d’autres régions émergentes, laisse entrevoir un marché durable pour les acteurs capables d’articuler technologie, données comportementales et financement structuré. Selon Financial Afrik, cette levée conforte le positionnement de Moove comme un acteur de référence du financement automobile en Afrique et sur les marchés émergents.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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