Pakistan : 24 morts dans l’attaque d’un train militaire au Baloutchistan

A group of passengers looking out from a moving train in Faisalabad, Punjab, reflecting daily commuting in Pakistan.Photo : Muhammad Sajawal Fareed / Pexels

Le sud-ouest du Pakistan a été le théâtre, dimanche, d’une nouvelle attaque d’ampleur contre les forces de sécurité. Un engin explosif dissimulé dans un véhicule a été déclenché au passage d’un train acheminant des militaires, faisant au moins 24 morts selon le bilan provisoire communiqué par les autorités locales. L’opération s’est produite au Baloutchistan, province frontalière de l’Iran et de l’Afghanistan, devenue l’épicentre des opérations insurrectionnelles visant l’État pakistanais.

Les secours dépêchés sur le site décrivent un convoi partiellement détruit, plusieurs wagons ayant déraillé sous la puissance de la déflagration. Le bilan humain pourrait s’alourdir, plusieurs blessés se trouvant dans un état critique. Aucune revendication immédiate n’a été formellement reconnue par Islamabad, mais le mode opératoire, ciblant des militaires en transit, correspond aux signatures opérationnelles déjà observées au cours des derniers mois dans la région.

Le Baloutchistan, théâtre persistant d’une insurrection armée

Province la plus vaste mais la moins peuplée du pays, le Baloutchistan concentre depuis deux décennies une rébellion séparatiste alimentée par des griefs économiques, identitaires et politiques. Les groupes armés baloutches, au premier rang desquels l’Armée de libération du Baloutchistan, reprochent au pouvoir central l’exploitation des ressources minières et gazières du territoire sans retombées locales tangibles. Les infrastructures de transport, qu’elles soient routières ou ferroviaires, constituent des cibles récurrentes.

L’année 2024 avait déjà été marquée par une succession d’attaques meurtrières contre les convois militaires, les gares et les chantiers d’infrastructures. La prise d’otages spectaculaire à bord d’un train de voyageurs en mars 2025, conclue par une intervention militaire et plusieurs dizaines de victimes, avait illustré la capacité opérationnelle croissante des insurgés. L’attaque de dimanche s’inscrit dans cette trajectoire ascendante, qui met à rude épreuve la doctrine sécuritaire du gouvernement de Shehbaz Sharif.

Une équation sécuritaire qui pèse sur les partenariats étrangers

Au-delà du choc immédiat, ces violences répétées entament la crédibilité du Pakistan auprès de ses bailleurs et partenaires stratégiques. Le Baloutchistan abrite le port en eaux profondes de Gwadar, pièce maîtresse du Corridor économique sino-pakistanais (CPEC), évalué à plus de 60 milliards de dollars d’engagements chinois cumulés. Pékin a multiplié, ces derniers trimestres, les avertissements diplomatiques après plusieurs attentats ayant visé des ressortissants chinois travaillant sur les chantiers d’infrastructures et d’énergie.

Les groupes insurgés baloutches considèrent précisément ces investissements étrangers comme une forme de spoliation supplémentaire, et désignent ouvertement les intérêts chinois comme cibles légitimes. Pour Islamabad, l’équation devient délicate : sécuriser durablement le territoire suppose des moyens militaires considérables, alors même que le pays traverse une crise budgétaire prolongée et reste sous programme du Fonds monétaire international. La dépendance vis-à-vis du soutien financier de Pékin et des monarchies du Golfe limite la marge de manœuvre du pouvoir civil face aux exigences sécuritaires des partenaires.

Une onde de choc régionale

L’attaque de dimanche intervient dans un environnement régional déjà saturé de tensions. Les relations entre Islamabad et Kaboul demeurent dégradées, le Pakistan accusant régulièrement le pouvoir taliban d’abriter des combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan, distinct des insurgés baloutches mais qui contribue à la pression sécuritaire sur l’État. Sur le front occidental, les échanges de tirs transfrontaliers avec l’Iran début 2024 avaient mis en lumière la porosité des frontières et la circulation des groupes armés.

Pour les chancelleries arabes et les capitales du Golfe, qui ont multiplié les investissements et les promesses de financement en faveur du Pakistan, la persistance de ces violences soulève des interrogations sur la rentabilité et la viabilité des projets engagés. Riyad et Abou Dabi, partenaires historiques d’Islamabad, suivent avec attention la capacité des autorités à rétablir un minimum de prévisibilité dans une province qui commande l’accès maritime du pays à l’océan Indien. Reste que l’absence d’horizon politique négocié avec les mouvances baloutches enferme le dossier dans une logique de réponse essentiellement militaire, dont l’efficacité de long terme paraît incertaine. Selon France 24 Moyen-Orient.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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