Sénégal : une escroquerie foncière orchestrée via WhatsApp démantelée

A vibrant minibus travels the streets of Dakar, passing a historic church under a clear blue sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

La vente de terrains sur WhatsApp au Sénégal vient de livrer un nouveau chapitre judiciaire. Une affaire d’escroquerie foncière, révélée récemment à Dakar, met en cause un réseau qui utilisait la messagerie instantanée comme vitrine commerciale, avec un courtier aveugle en première ligne pour rassurer et attirer les acquéreurs. Le dossier illustre une pratique en plein essor dans les grandes métropoles ouest-africaines, où le foncier reste l’un des placements les plus convoités et les moins encadrés.

Un modèle d’arnaque adapté à l’économie des messageries

Le schéma reposait sur une mise en scène soignée. Les prospects, démarchés via des groupes WhatsApp dédiés à l’immobilier, se voyaient présenter des parcelles situées dans la banlieue dakaroise, à des prix inférieurs à ceux du marché. Photographies, croquis et documents administratifs circulaient de téléphone en téléphone, sans qu’aucune vérification cadastrale ne soit possible en amont. Le canal numérique gommait la distance et instaurait un climat de proximité propice à la confiance.

Le rôle du courtier non-voyant, décrit par la presse locale comme l’appât central du dispositif, tenait à la crédibilité qu’il conférait à l’opération. Sa présence désarmait la méfiance des acheteurs, convaincus qu’un intermédiaire vulnérable ne pouvait être partie prenante d’une fraude organisée. Derrière cette façade, les organisateurs présumés encaissaient des acomptes, parfois des paiements intégraux, pour des terrains soit inexistants, soit déjà vendus à plusieurs reprises.

Un marché foncier sénégalais sous forte tension

L’affaire s’inscrit dans un contexte où le foncier dakarois concentre des tensions structurelles. La pression démographique sur la capitale, l’expansion des projets d’aménagement autour du pôle urbain de Diamniadio et la spéculation liée aux infrastructures récentes ont fait grimper les prix des parcelles périphériques. Face à cette inflation, la promesse d’un terrain accessible, relayée par une messagerie familière, exerce un pouvoir d’attraction difficile à résister pour les ménages modestes et pour la diaspora.

Les autorités sénégalaises alertent depuis plusieurs années sur la multiplication des doubles ventes et des faux titres. Le ministère chargé de l’Urbanisme et les services du cadastre peinent à suivre le rythme des transactions parallèles, souvent conclues sans passage devant notaire. La dématérialisation partielle des registres, engagée pour fluidifier les procédures, n’a pas encore comblé les failles exploitées par les réseaux d’escrocs.

La messagerie chiffrée, angle mort de la régulation

Le recours à WhatsApp complique considérablement le travail des enquêteurs. Le chiffrement de bout en bout des conversations protège les échanges, y compris ceux à caractère frauduleux, et rend difficile la reconstitution des flux financiers lorsque les paiements passent par du mobile money ou des remises en espèces. Les groupes de discussion, créés puis dissous rapidement, laissent peu de traces exploitables une fois les victimes lésées.

Ce n’est pas la première fois que le Sénégal est confronté à ce type de dérive. Des affaires similaires ont émergé ces dernières années à Thiès, Mbour et dans la petite côte, où les projets touristiques et résidentiels attirent des investisseurs de la diaspora. Les commissariats de la région dakaroise enregistrent régulièrement des plaintes portant sur des montants allant de quelques centaines de milliers à plusieurs dizaines de millions de francs CFA.

Pour les professionnels du secteur, la réponse passe par un durcissement de la traçabilité. La Chambre des notaires du Sénégal plaide de longue date pour l’obligation de recourir à un acte authentique dès le premier versement, et pour une vérification systématique du titre foncier auprès de la conservation des hypothèques. Reste que le coût de ces formalités, jugé dissuasif par une partie des acquéreurs, alimente le maintien d’un marché parallèle où la parole donnée sur un fil de discussion tient lieu de contrat.

Au-delà du volet pénal, l’affaire du courtier aveugle interroge la responsabilité des plateformes de messagerie et la stratégie de sensibilisation des pouvoirs publics. Les efforts d’éducation financière et juridique, portés par la Direction générale des impôts et des domaines, gagneraient à intégrer un volet spécifiquement dédié aux risques des transactions foncières menées via les réseaux sociaux. Selon Seneweb.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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