Perenco accusé de pollution pétrolière au Kongo-Central en RDC

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

Le dossier Perenco vient de connaître un nouveau tournant. L’organisation Human Rights Watch (HRW) accuse la compagnie pétrolière franco-britannique d’exposer les habitants du Kongo-Central, province occidentale de la République démocratique du Congo (RDC), à une pollution jugée préoccupante. L’alerte, portée par une ONG de référence en matière de droits humains, ravive un contentieux ancien autour de l’exploitation des hydrocarbures sur la façade atlantique congolaise, seule zone productrice de brut du pays.

Une accusation qui vise le principal producteur pétrolier de RDC

Perenco opère au Kongo-Central depuis le rachat, en 2000, des actifs onshore et offshore hérités de précédents opérateurs occidentaux. Le groupe y exploite plusieurs dizaines de puits répartis entre le littoral atlantique et l’estuaire du fleuve Congo. Cette position en fait de facto le pilier de la production nationale d’hydrocarbures, dans un pays dont l’économie demeure très majoritairement adossée aux mines du Katanga et du Kivu.

L’accusation formulée par Human Rights Watch porte sur les conséquences sanitaires et environnementales de cette exploitation pour les communautés riveraines. L’ONG évoque un risque de pollution des sols, des eaux et de l’air autour des installations. Les villages situés à proximité immédiate des champs pétroliers de Muanda, principale plateforme d’extraction du groupe, sont particulièrement concernés. La zone concentre à la fois activité industrielle intense, pêche artisanale et agriculture vivrière.

Un contentieux ancien, une pression internationale renouvelée

Ce n’est pas la première fois que Perenco est mis en cause pour ses pratiques en RDC. Depuis plusieurs années, des associations locales et internationales dénoncent des torchages de gaz, des fuites d’hydrocarbures et l’absence de dépollution des sites anciens. Le groupe, dont le siège se situe à Londres et Paris, réfute régulièrement ces accusations et met en avant ses programmes de responsabilité sociétale. Reste que la répétition des signalements finit par constituer un dossier documenté, désormais relayé au plus haut niveau par HRW.

La sortie de l’ONG intervient alors que la RDC cherche à attirer de nouveaux investisseurs dans son secteur pétrolier. Kinshasa a récemment relancé, puis suspendu, un vaste appel d’offres portant sur des blocs pétroliers et gaziers, dont certains empiètent sur des tourbières du bassin du Congo, réservoir de carbone d’importance mondiale. La question de la conformité environnementale des opérateurs déjà présents devient dès lors un test de crédibilité pour les autorités congolaises.

Enjeux réglementaires et souveraineté environnementale

Sur le plan juridique, la RDC dispose d’un cadre normatif environnemental étoffé, notamment via la loi sur les hydrocarbures de 2015 et le code de l’environnement. Leur application effective demeure toutefois inégale, faute de moyens de contrôle robustes et en raison d’un contentieux administratif souvent lent. Les autorités provinciales du Kongo-Central se retrouvent en première ligne, prises entre les recettes fiscales générées par l’activité pétrolière et la pression croissante des populations locales.

Pour Perenco, l’enjeu réputationnel dépasse largement les frontières congolaises. Le groupe, présent dans une vingtaine de pays, fait face à des procédures similaires au Gabon et au Cameroun, où des collectifs citoyens et des ONG ont saisi la justice française sur la base du devoir de vigilance. Une jurisprudence défavorable pourrait fragiliser l’ensemble du modèle d’affaires de la compagnie, spécialisée dans la reprise de champs matures délaissés par les majors.

Pour les décideurs congolais, l’affaire pose une question stratégique : comment concilier valorisation des ressources fossiles, respect des engagements climatiques internationaux et protection des communautés du littoral atlantique. La réponse conditionnera l’attractivité du bassin côtier auprès des investisseurs et la légitimité sociale de l’industrie extractive dans une province déjà éprouvée par des décennies d’extraction. Selon PressAfrik, Human Rights Watch appelle les autorités à diligenter des enquêtes indépendantes sur les sites concernés.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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