Détroit d’Ormuz : les alternatives énergétiques régionales en question

A large cargo ship navigating the open blue sea under a clear sky, showcasing maritime transport.Photo : Muhammed Zahid Bulut / Pexels

La question du détroit d’Ormuz revient avec insistance dans les capitales du Golfe. Passage obligé pour près d’un cinquième du pétrole mondial, ce goulet d’étranglement de trente-trois kilomètres de large concentre les angoisses des exportateurs autant que les calculs des puissances rivales. Les tensions récurrentes entre Téhéran et Washington, doublées de l’escalade militaire régionale, ont poussé les pays producteurs à accélérer la recherche d’itinéraires de substitution. L’idée n’est pas neuve, mais elle prend aujourd’hui une acuité inédite, alors que les projets se chevauchent et que les investissements se comptent en dizaines de milliards de dollars.

Une prolifération de projets alternatifs à Ormuz

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Oman et, plus discrètement, l’Irak avancent chacun leurs propres schémas de contournement. Riyad mise depuis longtemps sur le pipeline est-ouest reliant les champs de l’Est du royaume au port de Yanbu, sur la mer Rouge, avec une capacité qui a été portée à plusieurs millions de barils par jour. Abou Dhabi s’appuie sur le corridor de Habchan-Fujaïrah, qui débouche directement sur le golfe d’Oman, hors de la zone d’influence immédiate de l’Iran. Mascate développe ses propres terminaux sur la côte sud, tandis que Bagdad ressuscite l’hypothèse d’un raccordement vers la Jordanie et l’Arabie saoudite.

À cette architecture terrestre s’ajoutent des projets portuaires et gaziers de grande ampleur. Le Qatar, dont la totalité des exportations de gaz naturel liquéfié transite par Ormuz, étudie depuis plusieurs années des voies alternatives, sans avoir encore trouvé de solution industriellement crédible. La géographie qatarie, coincée entre la péninsule saoudienne et le rivage iranien, rend l’exercice particulièrement ardu. Doha reste ainsi le plus exposé des grands exportateurs régionaux à une éventuelle fermeture du détroit.

Des doutes persistants sur la rentabilité

Derrière l’affichage stratégique, la faisabilité économique de ces infrastructures fait débat. Les capacités additionnelles ne représentent, selon plusieurs estimations reprises par la presse spécialisée, qu’une fraction du volume quotidien transitant réellement par Ormuz, soit environ dix-sept millions de barils par jour. Un blocage prolongé, même partiel, laisserait donc une part significative de la production sans exutoire. Les coûts unitaires du transport par pipeline, comparés à ceux du fret maritime, alourdissent par ailleurs la facture des producteurs et pèsent sur leurs marges.

Les analystes cités par la source pointent également la vulnérabilité intrinsèque des routes alternatives. Le pipeline saoudien a déjà été visé par des tirs de drones et de missiles attribués aux forces houthies au Yémen. Le terminal de Fujaïrah a lui aussi été la cible d’opérations de sabotage attribuées à des acteurs proches de Téhéran. Les corridors terrestres, présentés comme une réponse à la vulnérabilité maritime, se révèlent exposés à d’autres formes d’attaques, parfois plus difficiles à contrer que celles menées en mer.

Un enjeu géopolitique qui dépasse le pétrole

Au-delà du pétrole et du gaz, la question du contournement d’Ormuz reflète la recomposition en cours des équilibres régionaux. Les monarchies du Golfe cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis d’un unique corridor tout en évitant de provoquer directement l’Iran. Téhéran, de son côté, utilise la menace d’un blocage comme un instrument de dissuasion diplomatique, notamment dans ses tractations avec Washington sur le dossier nucléaire et les sanctions.

Les grandes puissances consommatrices suivent ces mouvements avec attention. La Chine, premier acheteur de brut du Golfe, a intégré la sécurisation d’Ormuz dans son dialogue stratégique avec Riyad et Téhéran. Les États-Unis, malgré leur désengagement relatif de la région, continuent d’assurer une présence navale destinée à préserver la liberté de navigation. L’Union européenne, plus discrète, dépend elle aussi de la stabilité du passage pour ses approvisionnements en GNL qatari, devenus vitaux depuis la rupture avec Moscou.

Reste que la multiplication des projets pourrait, paradoxalement, entretenir l’illusion d’une résilience acquise. Aucun des dispositifs actuellement à l’étude ou en construction ne permettrait, à court terme, de compenser intégralement une fermeture d’Ormuz. La sécurisation du détroit demeure ainsi un impératif partagé, y compris par ceux qui investissent massivement pour tenter de s’en affranchir. Selon Al Akhbar, les doutes exprimés par plusieurs experts régionaux portent précisément sur cette contradiction structurelle entre l’ampleur des annonces et la modestie des capacités effectivement mobilisables.

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About the Author

Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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