Rémy Rioux quitte l’AFD et plaide pour une aide française assumée

Facade of the French National Assembly building in Paris, showcasing its classical architecture.Photo : Abhishek Navlakha / Pexels

L’aide française au développement traverse une zone de turbulences. À quelques jours de son départ de la direction générale de l’Agence française de développement (AFD), Rémy Rioux estime que Paris doit hausser le ton pour défendre un instrument diplomatique fragilisé par les coupes budgétaires et les remises en cause politiques. Le directeur général sortant, en poste depuis 2016, considère que la voix de la France sur ce dossier doit être à la fois plus forte et plus politique, à l’heure où l’institution prépare sa transition sous l’autorité de Christophe Lecourtier, ancien patron de Business France.

Une AFD fragilisée par la baisse de l’aide publique

Le contexte budgétaire français pèse lourdement sur l’opérateur de la coopération. La trajectoire de l’aide publique au développement (APD) hexagonale, longtemps présentée comme un marqueur d’influence, subit des arbitrages défavorables dans un cadre de consolidation des finances publiques. Rémy Rioux ne masque pas l’impact de ces décisions sur les capacités d’engagement de l’agence, dont les volumes annuels avaient atteint des sommets historiques au cours des dernières années.

Le repli budgétaire intervient au moment où les besoins de financement du continent africain demeurent considérables, notamment dans les transitions énergétique, climatique et urbaine. Pour le directeur sortant, réduire l’enveloppe sans assumer politiquement le geste revient à abandonner un levier d’influence sans en mesurer pleinement les conséquences diplomatiques. Il plaide pour que la décision publique soit débattue, expliquée et défendue, plutôt que consentie en silence dans les marges des lois de finances.

Répondre aux accusations de financer des pays hostiles

L’autre front est politique. Depuis plusieurs années, l’AFD est régulièrement accusée, dans le débat français, de financer des États dont les autorités tiennent un discours hostile à Paris, notamment au Sahel. Cette controverse a pris une intensité particulière après les ruptures consommées avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, et alors que la présence française recule sur une partie du continent. Les critiques, venues aussi bien de la droite que de certains relais d’opinion, mettent en cause la pertinence de maintenir des décaissements vers des régimes qui contestent ouvertement la politique africaine de la France.

Rémy Rioux récuse cette lecture. Il rappelle que les financements de l’AFD s’adressent en priorité aux populations et aux territoires, à travers des projets concrets dans la santé, l’éducation, l’eau ou l’agriculture, et non aux gouvernements en place comme appui budgétaire direct. Pour le directeur général sortant, abandonner ces interventions reviendrait à pénaliser des sociétés civiles déjà éprouvées et à céder un espace que d’autres bailleurs, qu’ils soient chinois, turcs, émiratis ou russes, occuperaient sans délai. La logique défendue est celle d’une présence longue, indépendante des cycles politiques, capable de préserver des canaux de dialogue lorsque les relations diplomatiques se tendent.

Une transition sous tension à la tête de l’agence

Le passage de relais à Christophe Lecourtier ouvre une séquence sensible pour l’institution. L’ancien directeur général de Business France arrive avec un profil davantage tourné vers l’attractivité économique et le soutien aux entreprises, alors que l’AFD demeure pour l’essentiel un bailleur de développement adossé à des standards internationaux. La question de l’articulation entre intérêts économiques français et finalités de développement, déjà ancienne, devrait s’imposer rapidement à l’agenda du nouveau patron.

Rémy Rioux, qui aura piloté l’agence pendant près de dix ans, laisse une maison transformée, élargie à l’expertise technique avec l’intégration d’Expertise France et inscrite dans une coalition mondiale de banques publiques de développement, Finance in Common, dont il fut l’un des principaux architectes. Reste à savoir si cette stature multilatérale survivra aux contraintes budgétaires nationales et aux pressions politiques sur la doctrine d’intervention française en Afrique. Selon RFI Afrique.

Pour aller plus loin

Sassou-Nguesso à Moscou : Brazzaville signe de nouveaux accords avec la Russie · Mali : Paris invite ses ressortissants à quitter le pays sans délai · Côte d’Ivoire-ONU : 565 milliards FCFA mobilisés pour le CCDD 2026-2030

Actualité africaine

About the Author

Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

Be the first to comment on "Rémy Rioux quitte l’AFD et plaide pour une aide française assumée"

Laisser un commentaire