Le nom de Tony Blair revient avec insistance dans les tractations diplomatiques autour de l’avenir de la bande de Gaza. Selon des informations relayées par la presse libanaise, l’ancien Premier ministre britannique serait pressenti pour occuper une fonction élargie au sein du dispositif chargé d’administrer l’enclave palestinienne au lendemain de la guerre. Ce scénario, encore officieux, s’inscrit dans les discussions menées en parallèle des pourparlers de cessez-le-feu et de la définition d’une autorité de transition acceptable pour les parrains régionaux et internationaux du dossier.
Un retour assumé au Proche-Orient pour l’ancien chef du gouvernement britannique
Tony Blair n’est pas un nouveau venu dans le jeu proche-oriental. Premier ministre du Royaume-Uni de 1997 à 2007, il avait ensuite occupé, durant près de huit ans, la fonction d’envoyé spécial du Quartet pour le Proche-Orient, regroupant les États-Unis, l’Union européenne, la Russie et les Nations unies. Son passage à ce poste, jusqu’en 2015, avait été contesté tant par les Palestiniens que par une partie de la société civile britannique, qui lui reprochaient son rôle dans l’invasion de l’Irak en 2003 et une partialité supposée en faveur d’Israël.
Le retour de son nom dans l’équation gazaouie traduit la difficulté des chancelleries occidentales à identifier des personnalités jugées à la fois expérimentées et acceptables par les capitales arabes. Son institut, le Tony Blair Institute for Global Change, a multiplié ces dernières années les missions de conseil auprès de gouvernements du Golfe, ce qui lui confère une connaissance fine des sensibilités régionales et un accès direct aux décideurs émiratis et saoudiens.
Une gouvernance de transition encore en pointillé
Les contours précis de la mission envisagée demeurent flous. Les éléments rapportés évoquent un rôle dépassant le simple conseil et touchant à la coordination de la reconstruction, à la mobilisation des bailleurs internationaux et à l’articulation entre les autorités palestiniennes existantes et une éventuelle structure de transition. Plusieurs scénarios circulent dans les capitales concernées : administration internationale temporaire, comité technique sous mandat onusien, ou structure hybride associant pays arabes et puissances occidentales.
L’enjeu central reste la place du Hamas et celle de l’Autorité palestinienne. Ramallah a déjà fait savoir qu’elle entendait recouvrer ses prérogatives sur l’ensemble du territoire palestinien, y compris à Gaza, dont elle a été évincée en 2007. À l’inverse, plusieurs responsables israéliens excluent tout retour de l’Autorité dans l’enclave sans réforme préalable. Dans ce paysage fragmenté, une figure étrangère dotée d’un mandat international apparaît, pour certains acteurs, comme un compromis transitoire. Pour d’autres, elle reviendrait à acter une mise sous tutelle.
Une équation politique à hauts risques
La perspective d’un rôle accru pour Tony Blair suscite déjà des réserves dans plusieurs capitales arabes. Le Caire et Amman, en première ligne sur le dossier humanitaire, redoutent qu’une administration largement pilotée depuis Londres ou Washington n’enterre la perspective d’un État palestinien. Riyad et Abou Dhabi, davantage présents sur le volet financier de la reconstruction, conditionnent leur engagement à des garanties politiques tangibles, notamment un horizon clair vers une solution à deux États.
Côté palestinien, plusieurs voix issues du Fatah comme du Hamas ont d’ores et déjà rejeté toute formule qui imposerait un administrateur étranger. Les opinions publiques arabes, marquées par les images de destruction massive dans l’enclave et par un bilan humain qui se chiffre en dizaines de milliers de victimes, sont peu disposées à accueillir favorablement le retour d’une personnalité associée à la guerre d’Irak. La capacité de Tony Blair à fédérer autour de son nom apparaît, à ce stade, comme l’un des principaux points d’interrogation du dispositif évoqué.
Reste que les arbitrages dépendront moins de la personne pressentie que du compromis politique d’ensemble qui sortira des négociations en cours. Tant que le cadre de la transition n’aura pas été tranché entre Washington, les capitales arabes et les acteurs palestiniens, toute nomination demeurera tributaire d’un équilibre fragile. Selon Al Akhbar, les discussions se poursuivent à plusieurs niveaux pour préciser le périmètre du rôle envisagé.
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