La controverse autour d’un éventuel troisième mandat du président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani s’amplifie à Nouakchott et compromet, dès son lancement, le dialogue national censé apaiser le climat politique. Réélu en juin 2024 pour un second et théoriquement dernier mandat de cinq ans, le chef de l’État se retrouve au centre d’un débat juridique et politique nourri par certains de ses propres soutiens. La Constitution mauritanienne, dans sa version actuelle, limite à deux le nombre de mandats présidentiels successifs, une digue que plusieurs voix de la majorité souhaitent voir réexaminer.
Une majorité présidentielle traversée par des appels à la révision constitutionnelle
Au sein de l’appareil au pouvoir, des cadres et responsables locaux multiplient depuis plusieurs semaines les sorties publiques en faveur d’une modification de la loi fondamentale. L’argument avancé tient au bilan revendiqué du président sortant en matière de sécurité, de relations régionales et de gestion économique, dans un Sahel en recomposition rapide. Ses partisans estiment qu’un troisième mandat permettrait d’inscrire dans la durée les chantiers en cours, qu’il s’agisse des hydrocarbures offshore, de la transition énergétique ou de la consolidation institutionnelle.
Cette offensive intervient alors que Mohamed Ould Ghazouani lui-même n’a, à ce stade, formulé aucune demande publique de prolongation. Son entourage immédiat oscille entre prudence et silence calculé, laissant les relais locaux occuper le terrain. Pour les analystes politiques mauritaniens, cette stratégie d’ambiguïté n’est pas inédite dans la sous-région : elle a précédé plusieurs révisions constitutionnelles en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale au cours de la dernière décennie.
Une opposition mobilisée et un dialogue national fragilisé
Du côté de l’opposition, le front du refus se structure rapidement. Plusieurs partis et figures de la société civile dénoncent une manœuvre visant à vider de sa substance la limitation des mandats, considérée comme l’un des rares garde-fous démocratiques hérités des réformes des années 2010. Pour ces formations, toute tentative de révision dans ce sens reviendrait à signer la fin du pluralisme institutionnel et à enclencher une dérive comparable à celles observées chez plusieurs voisins.
Le débat fragilise le dialogue national que le pouvoir entendait ouvrir pour traiter de questions sensibles, depuis la cohésion communautaire jusqu’aux réformes économiques. Plusieurs organisations d’opposition conditionnent désormais leur participation à un engagement clair du président sur le respect du calendrier constitutionnel. Sans cette garantie, le processus risque de tourner à la chambre d’enregistrement, vidé de la légitimité que le pouvoir cherchait précisément à y trouver.
Reste que la Mauritanie demeure, à ce jour, l’un des rares pays de l’espace sahélien à n’avoir pas basculé dans une rupture constitutionnelle ces dernières années. Nouakchott a entretenu une posture d’équilibre entre les juntes du Mali, du Burkina Faso et du Niger d’un côté, et les partenaires occidentaux et golfiques de l’autre. Une révision contestée affecterait directement ce positionnement diplomatique, alors que le pays préside encore récemment l’Union africaine et entend peser sur les dossiers migratoires et sécuritaires régionaux.
Enjeux économiques et signaux envoyés aux partenaires extérieurs
L’enjeu dépasse le seul champ politique intérieur. La Mauritanie attend, dans les prochains mois, la montée en puissance du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, opéré avec le Sénégal voisin, ainsi que de nouveaux investissements dans le minerai de fer et l’hydrogène vert. Ces projets exigent une stabilité institutionnelle perçue comme prévisible par les bailleurs et les majors énergétiques. Une crise constitutionnelle prolongée pourrait peser sur la prime de risque du pays et compliquer les négociations avec les partenaires multilatéraux.
Les chancelleries européennes et les capitales du Golfe, partenaires de premier plan de Nouakchott en matière sécuritaire et financière, suivent désormais avec attention l’évolution du dossier. Le silence présidentiel sera difficile à tenir longtemps : plus la polémique enfle, plus la clarification deviendra inévitable. À l’horizon des prochaines échéances locales, le positionnement de Mohamed Ould Ghazouani sur la question du troisième mandat constituera le marqueur central de la trajectoire politique mauritanienne. Selon PressAfrik, la perspective d’un dialogue national se trouve d’ores et déjà compromise par cette controverse.
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