À Sanaa, la direction politique du mouvement Ansar Allah, communément désigné sous le nom de Houthis, a signifié aux travailleurs présents sur les sites pétroliers et gaziers d’Arabie saoudite qu’ils devaient s’éloigner de ces infrastructures, qualifiées de cibles légitimes en cas d’escalade. L’avertissement, relayé par la presse libanaise proche de l’axe de la résistance, intervient dans une séquence de tension renouvelée autour de la mer Rouge et des arrières énergétiques du Golfe. Il réactive un registre de dissuasion que Sanaa avait mobilisé à partir de 2019, lorsque les frappes contre les installations d’Aramco à Abqaïq et Khurais avaient paralysé une partie de la production du royaume.
Un avertissement calibré sur les infrastructures saoudiennes
Le message émis par Sanaa cible explicitement les ouvriers, techniciens et sous-traitants employés sur les sites d’extraction, de raffinage et d’exportation d’hydrocarbures en Arabie saoudite. En les invitant à se tenir à distance, les autorités houthies cherchent à produire un double effet : signaler la préparation d’éventuelles opérations militaires et peser sur le moral de la main-d’œuvre étrangère, dont une partie provient d’Asie du Sud et du monde arabe. La formule rappelle celle employée avant les attaques revendiquées contre les installations saoudiennes et émiraties au cours des années de guerre ouverte.
Pour Riyad, l’alerte tombe à un moment délicat. Le royaume négocie depuis plusieurs mois une sortie de crise avec Sanaa, sous médiation omanaise, tout en cherchant à préserver l’attractivité de son appareil énergétique dans la perspective des grands projets portés par Vision 2030. Toute résurgence du risque sécuritaire autour des champs de Ghawar ou des terminaux de Ras Tanura serait susceptible de peser sur les primes d’assurance maritime et sur la perception des investisseurs étrangers.
Taëz, pièce centrale d’un repositionnement interne
Parallèlement à ce signal adressé à Riyad, Sanaa a engagé des discussions avec plusieurs responsables tribaux, militaires et politiques de la ville de Taëz, troisième agglomération du pays et verrou stratégique entre les hauts plateaux et la façade de la mer Rouge. L’objectif affiché serait de parvenir à une forme de neutralisation du gouvernorat, afin d’éviter que la cité ne redevienne un théâtre d’affrontements en cas de reprise des hostilités avec la coalition dirigée par l’Arabie saoudite ou avec les forces loyales au Conseil de direction présidentiel.
Taëz est assiégée depuis près d’une décennie et constitue l’un des dossiers humanitaires les plus sensibles du conflit yéménite. Les contacts noués par les émissaires houthis avec des notables locaux visent, selon les éléments disponibles, à obtenir des engagements de non-belligérance en échange d’un desserrement partiel des points de contrôle. Une telle configuration permettrait à Ansar Allah de concentrer ses capacités militaires sur d’autres fronts, notamment Marib et le littoral occidental, sans ouvrir une bataille urbaine coûteuse.
Une pression à double détente sur l’équation régionale
La combinaison des deux initiatives traduit une grammaire désormais familière à Sanaa : jouer sur la menace extérieure pour peser sur Riyad, tout en consolidant son emprise territoriale par la négociation avec les acteurs locaux. Cette séquence s’inscrit dans un environnement régional marqué par la poursuite des opérations houthies en mer Rouge contre des navires liés à Israël, et par la prudence accrue des capitales du Golfe, soucieuses d’éviter d’être entraînées dans un affrontement direct.
Les chancelleries occidentales suivent avec attention cette double manœuvre. Washington, qui a réinscrit Ansar Allah sur sa liste des organisations terroristes, redoute une internationalisation du dossier yéménite au moment où la trêve négociée depuis avril 2022 demeure fragile. Pour Riyad, la ligne de crête consiste à préserver le processus de dialogue avec Sanaa sans céder sur la question stratégique de la protection de ses infrastructures énergétiques, pilier de la rente nationale.
Reste que l’avertissement houthi, s’il n’est pour l’heure accompagné d’aucune action militaire, redonne du poids à la carte énergétique dans la main de Sanaa. Et replace la question yéménite au centre de l’agenda sécuritaire du Golfe, à distance des annonces diplomatiques des derniers mois. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
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