Soudan : près de 70 morts dans des frappes de drones au Kordofan

A young girl stands by a tent in a refugee camp in Idlib, Syria.Photo : Ahmed akacha / Pexels

La région soudanaise du Kordofan vient de subir l’une des séquences les plus meurtrières de ces dernières semaines. Deux frappes de drones consécutives, conduites vendredi puis samedi, ont fait au moins 57 victimes le premier jour et 10 le lendemain, d’après les chiffres avancés dimanche par une organisation non gouvernementale locale et un responsable administratif. Ce bilan, encore provisoire, place une fois de plus le centre du Soudan au cœur d’une guerre qui s’enlise depuis avril 2023.

Le théâtre de ces attaques n’est pas anodin. Le Kordofan, vaste ensemble agro-pastoral situé à la jonction du Darfour et de la vallée du Nil, constitue l’un des fronts les plus disputés entre l’armée régulière soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF), milice paramilitaire dirigée par le général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Le contrôle de ses axes routiers conditionne l’acheminement des renforts vers Khartoum et le sud du pays.

Le Kordofan, verrou stratégique d’une guerre qui s’enlise

Depuis plusieurs mois, la région concentre des combats d’une intensité croissante. Les belligérants se disputent les chefs-lieux d’État, les nœuds ferroviaires et les couloirs d’approvisionnement reliant le Darfour aux régions nilotiques. La perte ou la conquête de localités secondaires y prend une valeur tactique disproportionnée, chaque village conditionnant la logistique des offensives à venir.

Les frappes du week-end illustrent ce basculement du conflit vers une guerre d’attrition où les populations civiles paient le tribut le plus lourd. Les ONG documentent une multiplication des attaques visant marchés, dispensaires et lieux de rassemblement, sans qu’aucune des deux parties ne semble en mesure de l’emporter sur le terrain. Près de deux ans après le déclenchement des hostilités, le Soudan demeure plongé dans ce que les Nations unies décrivent comme l’une des pires crises humanitaires contemporaines.

Drones armés : une montée en gamme technologique du conflit

L’usage massif d’engins téléguidés transforme la physionomie de la guerre soudanaise. Les Forces de soutien rapide comme l’armée régulière disposent désormais d’arsenaux aériens sans pilote, qu’il s’agisse de modèles commerciaux modifiés ou de plateformes militaires plus sophistiquées acquises auprès de partenaires étrangers. Les enquêtes ouvertes par plusieurs panels onusiens pointent depuis 2024 le rôle d’États tiers dans l’approvisionnement de ces équipements, sans que les flux logistiques aient pu être interrompus.

Cette montée en gamme technologique modifie la géographie du danger. Là où les affrontements se limitaient hier à des zones de contact identifiées, les frappes peuvent désormais cibler des arrière-fronts réputés sûrs, à plusieurs centaines de kilomètres des lignes de combat. Le Kordofan, longtemps considéré comme un espace de transit, devient ainsi une cible permanente.

Les conséquences humanitaires se mesurent à l’échelle d’un pays exsangue. Plus de 12 millions de Soudanais ont été déplacés par la guerre, selon les estimations agrégées par les agences onusiennes, et la famine a été officiellement déclarée dans plusieurs camps du Darfour. Les corridors humanitaires demeurent intermittents, soumis au bon vouloir des belligérants et à la sécurité aléatoire des convois.

Une médiation internationale toujours en panne

Sur le plan diplomatique, les tentatives de médiation conduites depuis Djeddah, sous l’égide conjointe de l’Arabie saoudite et des États-Unis, n’ont produit aucun cessez-le-feu durable. L’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) peinent elles aussi à imposer un cadre de négociation accepté par les deux camps. Le pouvoir militaire de fait, dirigé par le général Abdel Fattah Al-Burhane, refuse tout dialogue direct tant que les RSF n’auront pas évacué les zones civiles qu’elles contrôlent.

Reste que la pression internationale demeure mesurée, le Soudan étant éclipsé dans l’agenda diplomatique mondial par d’autres théâtres de crise. Les chancelleries africaines, en particulier celles du Tchad, de l’Égypte et de l’Éthiopie, observent avec inquiétude les répercussions transfrontalières d’un conflit qui déstabilise déjà la corne et le Sahel oriental. Les nouvelles frappes du Kordofan rappellent l’urgence d’un sursaut, sans que les conditions politiques d’un règlement paraissent réunies à court terme. Selon Le Monde Afrique.

Pour aller plus loin

Moscou rappelle son ambassadeur à Erevan sur fond de rapprochement européen · Washington veut accélérer le retrait de ses troupes d’Europe · Nucléaire iranien : les nouvelles exigences de Trump freinent les pourparlers

Actualité africaine

About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

Be the first to comment on "Soudan : près de 70 morts dans des frappes de drones au Kordofan"

Laisser un commentaire