Le projet gazier Yakaar-Teranga revient au centre de la stratégie énergétique du Sénégal. Après le retrait de l’opérateur historique du permis offshore, les autorités de Dakar ont engagé un processus de reprise destiné à replacer cette ressource au cœur de la production électrique nationale. L’enjeu dépasse la seule question industrielle : il touche directement au prix du kilowattheure et à la compétitivité du tissu économique sénégalais.
Un gisement gazier replacé au service du marché intérieur
Yakaar-Teranga figure parmi les principaux gisements de gaz naturel identifiés dans les eaux sénégalaises. Contrairement au champ Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie et tourné vers l’exportation de gaz naturel liquéfié, ce périmètre a vocation, selon les orientations gouvernementales, à alimenter prioritairement la demande domestique. La logique retenue est celle du gas-to-power : convertir une ressource fossile locale en électricité produite sur le territoire, en lieu et place des combustibles liquides importés.
Cette réorientation s’inscrit dans la doctrine de souveraineté énergétique défendue par les nouvelles autorités. La reprise du projet par l’État, via ses véhicules sectoriels, vise à sécuriser le calendrier de mise en production et à fixer les conditions commerciales de cession du gaz aux producteurs d’électricité. La Société nationale d’électricité (Senelec) figure parmi les premiers bénéficiaires attendus de cette nouvelle architecture.
Ce que la facture d’électricité pourrait refléter
L’effet recherché sur les tarifs repose sur un mécanisme simple. La production thermique sénégalaise dépend encore largement du fioul lourd et du diesel, dont les cours, libellés en devises, exposent le pays à la volatilité des marchés internationaux. En substituant du gaz domestique à ces carburants, le coût marginal de production baisse, ce qui ouvre une marge de manœuvre tarifaire pour les pouvoirs publics et la Commission de régulation du secteur de l’électricité (CRSE).
Concrètement, cette baisse peut se matérialiser de deux manières. Soit par une réduction directe des tranches facturées aux abonnés domestiques, soit par un allègement de la compensation tarifaire versée par l’État à Senelec, qui pèse depuis plusieurs années sur les finances publiques. Le gouvernement laisse entendre que les ménages devraient percevoir un effet tangible, en particulier sur les usages dits sociaux, tandis que les industriels pourraient bénéficier de tarifs professionnels plus compétitifs.
Reste que la transmission n’est pas automatique. Elle dépendra du prix de cession du gaz fixé entre l’État et l’opérateur amont, du calendrier effectif de première production et de la capacité des centrales existantes à être converties au gaz. Plusieurs unités du parc thermique sénégalais sont déjà dual-fuel, mais d’autres exigeront des investissements de reconversion non négligeables.
Une opération aux ramifications stratégiques
La reprise de Yakaar-Teranga s’inscrit dans une séquence plus large d’affirmation du contrôle public sur les ressources extractives. Depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe gouvernementale en 2024, Dakar a multiplié les revues de contrats pétroliers, miniers et gaziers, dans la lignée des engagements pris durant la campagne présidentielle. Le dossier Yakaar-Teranga constitue, à cet égard, un test grandeur nature de la capacité de l’État à monter en puissance dans la chaîne de valeur des hydrocarbures.
Pour les investisseurs, le signal est double. Il confirme la volonté des autorités de capter une part accrue de la rente, mais il suppose aussi que l’État soit en mesure d’assumer les risques techniques, financiers et commerciaux associés à l’exploitation d’un champ offshore. La structuration du financement, le choix des partenaires opérationnels et la définition d’un cadre contractuel lisible seront déterminants pour rassurer les bailleurs et les marchés.
Au-delà du Sénégal, l’opération est suivie de près dans la sous-région ouest-africaine, où plusieurs pays s’interrogent sur l’arbitrage entre exportation de gaz et alimentation des marchés domestiques. La trajectoire choisie par Dakar pourrait inspirer des modèles comparables en Côte d’Ivoire, en Mauritanie ou au Nigeria, à mesure que les questions d’accès à une électricité abordable s’imposent comme un enjeu politique central. Selon Seneweb, les modalités précises de répercussion sur les factures seront détaillées dans les prochaines communications officielles.
Pour aller plus loin
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